Affaire Laëtitia : le père d’accueil Gilles Patron est libre

Affaire Laëtitia : le père d’accueil Gilles Patron est libre

En janvier 2011, le meurtre de Laëtitia Perrais avait choqué la France. Michèle et Gilles Patron, ses parents d’accueil, avaient rapidement été reçus à l’Élysée par Nicolas Sarkozy (son père, lui, ne l’avait pas été, N.D.L.R.) Le père de famille, ancien chaudronnier des chantiers navals de 63 ans, avait dénoncé haut et fort devant les caméras « le laxisme de la justice ».

Sept mois plus tard, en août 2011, le même Gilles Patron, pourfendeur de délinquants sexuels, avait été placé en garde à vue, En août 2011, deux plaintes d’amies de Jessica Perrais avaient en effet été déposées pour agressions sexuelles. Le 17 août 2011, l’assistant familial avait été mis en examen pour des faits d’ »agressions sexuelles et de viols ». Jessica, née en 1992, vivait chez les Patron depuis ses 12 ans. Elle accusait son père d’accueil d’agressions sexuelles depuis ses 14 ans et de viols répétés à partir de ses 16 ans.

Une personnalité trouble, sans « affect »

Qui est cet homme soupçonné des délits qu’il dénonçait publiquement en 2011? « Il n’a jamais été ce monstre ou ce pervers que certains ont décrit », assurait son épouse au Parisien en janvier 2012. Le témoignage d’une amie de Laetitia donne une idée de son emprise psychologique: « Aujourd’hui vous avez encore peur de M. Patron? – Oui. – Avez-vous pu aller à l’enterrement de Laetitia? – Non. – Pourquoi? – M. Patron me l’avait interdit! », rapportait alors France 3 lors du procès de Tony Meilhon.

Mercredi, au septième jour de son procès, Gilles Patron est décrit comme « un sujet intelligent, voire très intelligent, totalement exempt de toute pathologie psychiatrique franche et avérée », selon le psychiatre Pierre Caillaux. Il fait état, comme ses collègues après lui, d’un « fonctionnement pervers de sa personnalité », susceptible de n’éprouver « ni regret, ni culpabilité, ni affect ».  

«Le seul responsable de cette dérive, c’est lui»

«La justice a été très raisonnable», s’est de son côté félicitée l’avocate de Jessica Perrais, Me Cécile de Oliveira. «Ce verdict est la reconnaissance d’une parole d’une jeune fille contre un assistant familial manipulateur qui contestait ses responsabilités», a-t-elle expliqué. Dans le détail, Gilles Patron a été déclaré coupable de viols et agressions sexuelles sur Jessica Perrais après ses 15 ans et aussi d’agressions sexuelles quand elle avait moins de 15 ans.

Il a aussi été déclaré coupable d’agressions sexuelles sur cinq autres victimes, dont une qui avait aussi moins de 15 ans au moment des faits. Jessica et trois des cinq autres plaignantes étaient sous son autorité, une circonstance aggravante. Le verdict est assorti d’une mesure de suivi socio-judiciaire de cinq années avec injonction de soins, sous peine de trois années supplémentaires d’emprisonnement, une privation de dix ans des droits civiques et l’inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.

Au cours de sa plaidoirie, son avocat Me Thierry Fillion, avait tenté de discréditer, les un après les autres, les témoignages des autres jeunes accusant Gilles Patron. Il avaiten revanche fait une place très à part à Jessica, prenant soin de souligner «son honnêteté». La «relation affective, elle est vraie, elle existe sincèrement de la part de Jessica, de la part de Gilles Patron», avait-il souligné. «Je suis très clair aujourd’hui et Gilles Patron l’est aujourd’hui: le seul responsable de cette dérive, c’est lui.

L’adulte, c’était lui», avait toutefois martelé l’avocat de la défense, contrebalançant les accusations proférées au cours de l’audience par certains membres de la famille de Gilles Patron qui ont désigné Jessica comme responsable des gestes sexuels de ce dernier. En début d’audience, l’autre avocat de la défense, Me Marie Kervennic, était revenue sur la personnalité de Gilles Patron. «D’homme à femme, il n’y a pas», avait-elle assuré, tentant de démonter les effets du diagnostic de trois experts qualifiant l’ancien assistant familial de «pervers au sens commun, de vicieux…».

« Fonctionnement pervers de sa personnalité »

Accusé de viols et/ou d’agressions sexuelles sur la sœur de Laëtitia, ses deux amies, un garçon hébergé temporairement et une fillette de 11 ans dont il avait aussi la charge entre 2003 et 2004, il avait été jugé en mars 2014 par la cour d’assises de Loire-Atlantique. Au cours du procès, Gilles Patron avait été décrit par les psychiatres comme « un sujet intelligent, voire très intelligent ». Les mêmes experts avaient observé un « fonctionnement pervers de sa personnalité », susceptible de n’éprouver « ni regret, ni culpabilité, ni affect ». À la barre, il avait reconnu uniquement une relation « consentie » avec Jessica à partir de sa majorité, en mai 2010, et avait rejeté les accusations d’abus sexuels – tout au plus des « gestes involontaires », avait-il expliqué. A-t-il abusé de Laëtitia ? L’enquête avait conclu à un non-lieu sur ce point. L’avocat général avait requis 13 ans de réclusion criminelle à l’encontre de l’ancien chaudronnier.

« JE ME VOYAIS EN ELLE »

Des témoins l’ont dit « vantard », « macho », « avec un ego surdimensionné ». A la barre, des femmes se sont rappelé des gestes ou des propos pour le moins déplacés. Comme cette enseignante, qui travaillait dans la même école que sa femme, il y a dix ans : « Il me mettait très mal à l’aise. J’avais 23 ans et je faisais très jeune à l’époque. Il me faisait des avances assez directes. Du genre : “Ta jupe n’est pas assez courte” ou “Tu viens t’asseoir sur mes genoux ?” »

D’autres lui ont trouvé du charisme. « Je le craignais et il m’attirait en même temps », se souvient une ex-amante, qui avait trouvé une « épaule » auprès de cet homme qui « parlait bien » et qui « en imposait ». Gilles Patron avait la réputation d’être un homme à femmes. Ce dont il se défend maladroitement : « C’est peut-être l’impression que je donne. Mais c’était pour blaguer. »

Ce sont pourtant bien des mots d’amour que l’assistant familial disait à Jessica. Elle n’avait pas 16 ans. « C’était une jeune fille courageuse, volontaire, déterminée, dit-il à la cour, la voix soudain tremblante. Elle venait toujours m’aider. Elle courait avec moi. Je me voyais en elle. C’est comme ça qu’est née une certaine affinité. » La jeune fille, elle, parle de viols répétés. « Il me disait : “Jessica, je t’aime”. Je lui disais : “P’tit Loup, je t’aime, mais comme un père”. »

Guy ERWAN

Guy ERWAN

Guy est un bénévole qui n’a pas d’expérience en matière de journalisme, mais il a une grande envie d’apprendre. Il nous apporte son dynamisme et son expérience dans le monde associatif. Guy est originaire de Nantes et aime partager son amour de cette belle région.
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