Algues vertes en Bretagne

Algues vertes en Bretagne

Ses principales conclusions avaient déjà fuité au mois d’avril. La Cour des comptes et la chambre régionale des comptes publient, ce vendredi 2 juillet, un rapport sévère sur le phénomène des algues vertes en Bretagne. Elles pointent un impact « limité » de la politique menée par les différents acteurs publics pour lutter contre leur prolifération.

À partir de 2010, l’État, les collectivités territoriales et l’agence de l’eau ont mis en œuvre deux plans pour lutter contre le phénomène des algues vertes en Bretagne. « Leur impact sur les concentrations en nitrates, sur les changements de pratiques agricoles et sur le niveau des échouages est resté limité », estime la Cour des comptes et la chambre régionale des comptes de Bretagne.

« L’azote à plus de 90 % d’origine agricole »

Les algues vertes ont commencé à proliférer en été dans certains baies en Bretagne il y a maintenant cinquante ans. « Les travaux scientifiques montrent que seule une action sur l’azote – à plus de 90 % d’origine agricole – peut permettre de limiter ce phénomène », affirme le rapport. L’analyse des données de 2007 à 2020 fait apparaître une légère tendance à la baisse des échouages d’algues vertes sur les sites sableux et à la hausse sur une partie des vasières, en particulier dans le golfe du Morbihan.

Le rapport critique sévèrement la politique publique menée jusqu’à présent. Il évoque « des plans d’action aux objectifs mal définis et aux effets incertains sur la qualité des eaux ».

« Dix ans après le lancement des plans d’action et en l’absence d’objectifs clairs, il est difficile de mesurer leur impact spécifique. On observe que la dynamique de mobilisation des agriculteurs s’est essoufflée dans la plupart des bassins versants. Ainsi, la pression d’azote épandu stagne depuis 2015 », note le rapport. Les actions de diffusion des bonnes pratiques culturales et de changements de système (développement des herbages ou de l’agriculture biologique) ont produit « peu de résultats tangibles ».

Pour aller plus loin : Nantes

“Seule une action sur l’azote peut permettre de limiter ce phénomène”

Si les données de 2007 à 2020 montrent une “légère tendance à la baisse des échouages d’algues vertes sur les sites sableux”, la tendance est à la hausse dans les vasières, notamment dans le golfe du Morbihan. “Les travaux scientifiques montrent que seule une action sur l’azote peut permettre de limiter ce phénomène et que l’azote (nitrates) présent dans les baies est à plus de 90% d’origine agricole”, souligne ce rapport de près de 300 pages qui dresse un état des lieux des deux plans de lutte contre les algues vertes entre 2010 et 2019.

Ces plans ont engagé 109 millions d’euros d’argent public, un montant jugé “dérisoire” au regard des 435 à 614 millions d’euros par an d’aides du premier pilier (aides directes aux agriculteurs) de la politique agricole commune (PAC) en Bretagne. Leurs objectifs ont par ailleurs été “mal définis” et leurs effets sont “incertains sur la qualité des eaux”, avec un impact “limité” sur le niveau des échouages, tandis que la dynamique de mobilisation des agriculteurs “s’est essoufflée”.

Un renforcement des contrôles est recommandé

Ainsi, seuls 19% des paiements du plan 1 et 25% pour le plan 2 ont été “effectivement consacrés à la prévention des fuites d’azote agricole”. Les filières agroalimentaires ne se sont, en outre, “pas impliquées dans la prévention des fuites d’azote” et ont même “bénéficié de soutiens publics sans contreparties en termes de prévention de ces fuites”, souligne le rapport.

“La réduction significative de ce phénomène ne pourra intervenir que par un élargissement et un renforcement des actions en faveur d’une agriculture à faibles fuites de nitrates”, poursuivent les magistrats, qui remettent en cause une approche “fondée sur le volontariat”. Le rapport formule huit recommandations, dont étendre les plans d’action au-delà des huit baies concernées, définir des objectifs évaluables et en suivre la réalisation, redéfinir les incitations au changement des pratiques agricoles via la future PAC, ou encore faire respecter la réglementation en renforçant les contrôles.

Guy ERWAN

Guy est un bénévole qui n’a pas d’expérience en matière de journalisme, mais il a une grande envie d’apprendre. Il nous apporte son dynamisme et son expérience dans le monde associatif. Guy est originaire de Nantes et aime partager son amour de cette belle région.