Entre université et cabinet d’études sociologiques : le paysage académique de la sociologie

Entre université et cabinet d’études sociologiques : le paysage académique de la sociologie

La sociologie reste une discipline essentiellement représentée dans le monde universitaire et académique. Pour être sociologue, il convient de valider a minima un master 2 en sociologie voire un doctorat (bac + 8). Le doctorat permet de candidater à une qualification à la profession de Maître de Conférences à qui se destine à l’enseignement et à la recherche. Mais force est de constater que les postes, très peu nombreux en sociologie et, d’une manière générale en sciences humaines et sociales, poussent parfois les étudiants à envisager, quand cela est possible, d’autres voies de poursuite.

Une crise de l’emploi dans la recherche et l’enseignement

En effet, on note un écart considérable entre le développement des thèses de doctorat en sociologie et les offres d’emploi dans le monde universitaire. En témoigne cet extrait d’article (PIRIOU, 2008) :

« En moyenne 150 thèses par an sont produites en sociologie (cf. tableau 1), depuis 2000. La grande majorité des détenteurs d’une thèse, 70% environ, espèrent entrer dans le secteur de la sociologie « académique » (Université et recherche) (CEREQ, 2001 ; Piriou, 1999). Or, celui-ci offre seulement en moyenne 45 postes (CR1, CR2) de jeunes chercheurs, par an, depuis 2000, et 42 depuis 200322 (cf. tableau 5). De ce fait et au mieux23, un tiers seulement des thésards [docteurs] trouvent et trouveront un poste à l’Université et dans la recherche, les deux tiers des docteurs en sociologie doivent chaque année prospecter un emploi en dehors du secteur académique ce qui est le cas de la totalité des sortants d’un Master de sociologie (soit 1351 diplômés d’un Master par an). En termes d’opportunités d’emplois stables, la part du secteur académique est donc faible en France et risque d’être à l’avenir encore plus réduite. »

(Source : Odile Piriou, « Que deviennent les diplômés de sociologie ? Un état de la discipline et de son avenir », Socio-logos [En ligne], 3 | 2008, mis en ligne le 30 mars 2008)

La précarité

Mais il convient de souligner un autre problème qui est celui des statuts des chercheurs et enseignants chercheurs. Là encore, l’article de PIRIOU est très illustratif :

« En 2004, 47% des jeunes docteurs en sciences humaines intègrent l’Université et la recherche, mais 27% d’entre eux sur des statuts précaires ou temporaires (contractuels, ATER, vacataires, etc.) (CEREQ, 2004). En sociologie uniquement, une enquête indique que parmi 65 docteurs ayant passé des concours pour entrer à l’Université et/ou dans la recherche publique, la moitié accèdent à un emploi stable, l’autre maintient des activités d’enseignement et de recherche sur des statuts précaires, privé et/ou public, temporaires, alternant périodes de chômage et d’activité24,  (Piriou, Hély, in Dubar, 2004, annexe 6, p. 70)25. La question pointée ici n’est pas celle de la gouvernance du système universitaire ou de recherche par le développement d’emplois contractuels, mais bien plus celle de la prise en compte, dans la dynamique de professionnalisation scientifique, de cette diversité de statuts, spécialement sans les laboratoires de recherche, CNRS et universitaires. Dans les laboratoires associés au CNRS, en Ile de France, la population de personnels permanents représente en moyenne 39% du total des membres26. La grande majorité étant constituée de doctorants (33 doctorants en moyenne sont encadrés dans ces laboratoires) et de personnels non permanents, associés, ATER, post-doc, chercheurs sur contrat. Qu’en est-il de la contribution, de l’évaluation et de la reconnaissance dans la mutualisation de la connaissance sociologique (contrats, recherche, financements, publications…) de ces personnels non permanents ? Cette question reste très largement non posée dans les analyses sur la professionnalisation de la sociologie et ses enjeux de qualification (cf. tableau 6). »

(Source : Odile Piriou, « Que deviennent les diplômés de sociologie ? Un état de la discipline et de son avenir », Socio-logos [En ligne], 3 | 2008, mis en ligne le 30 mars 2008)

Le développement des cabinets d’études en sociologie

La professionnalisation de la sociologie n’est donc pas un phénomène nouveau et prend diverses formes. Parmi elles, on voit se développer des cabinets d’études sociologiques, des bureaux d’études sociologiques et autres agences d’intervention spécialisées en sciences humaines et sociales.

L’évolution vers la professionnalisation 

Pour autant, la professionnalisation de la sociologie ne signifie pas pour autant la rupture avec le monde académique :

« Bien que cette réalité ait été longtemps sujette à débat29, il semble aujourd’hui acquis dans la discipline qu’il existe des sociologues praticiens. La professionnalisation « appliquée » de la sociologie s’accompagne à la fois d’une reconnaissance des sociologues praticiens, mais aussi d’un encadrement et d’une canalisation de ses applications, notamment par les associations représentant la discipline. L’APSE30 dédiée aux sociologues exerçant en entreprise ou aux publics de la sociologie d’entreprise conduit un travail d’encadrement associatif et de valorisation à travers l’édition d’une revue « Sociologies pratiques », abritée par les PUF, classée parmi les revues de Rang A par le CNRS en 2008. La « canalisation des applications » (Paicheler, 1992, p. 178), la reconnaissance et la valorisation d’un exercice praticien de la sociologie sont aussi conduites au sein du secteur académique par l’AFS, représentante nationale de la sociologie française31. Le « segment »32 praticien de la sociologie est représenté par le vice-président de l’AFS33 et le Comité [interne] d’action de la sociologie professionnelle (CASP)34. »

(Source : Odile Piriou, « Que deviennent les diplômés de sociologie ? Un état de la discipline et de son avenir », Socio-logos [En ligne], 3 | 2008, mis en ligne le 30 mars 2008).

Le manque de postes à l’université 

Le contexte actuel reste marqué par un manque cruel de postes dans la recherche et l’enseignement en sciences humaines et sociales et donc en sociologie. On peut donc supposer que la voie vers la professionnalisation se développe dans les prochaines années. Les cabinets d’études sociologiques pourraient ainsi s’avérer être une issue intéressante pour les sociologues désireux de s’insérer dans le secteur privé. Certains cabinet d’études sociologiques reconnus sont ainsi régulièrement sollicités par des collectivités et des entreprises pour les aider à comprendre les phénomènes sociaux, environnementaux (…) auxquels elles sont confrontés.

Boris NAULLEAU

Boris NAULLEAU

Il est un ancien journaliste de presse nationale. Il est spécialisé dans les articles d’actualités locales. Boris NAULLEAU est un expert des questions relatives aux collectivités.