Canada : après la canicule, les incendies

Canada : après la canicule, les incendies

Pour l’heure, les autorités n’ont pas fait état de blessés dans la province de Colombie-Britannique, où les incendies se multiplient. Ces dernières tentent de localiser des habitants qui manquent à l’appel.

Tristement célèbre depuis quelques jours pour avoir abrité le record national de chaleur à 49,6 degrés Celsius, le village canadien de Lytton, en Colombie-Britannique, a depuis été presque entièrement détruit par les flammes. Un feu de forêt s’est propagé très rapidement dans la commune, située à quelque 250 km au nord-est de Vancouver et touchée comme le reste de la région par la canicule liée à un “dôme de chaleur”.

Un record absolu de chaleur à 49,6 degrés

Le nord-ouest des Etats-Unis, habitué à une météo tempérée et généralement humide, a enregistré des records ces derniers jours, avec un maximum de 46,1 degrés Celsius lundi à Portland. La ville portuaire respirait un peu mieux mercredi, la vague de chaleur se déplaçant lentement vers l’intérieur des terres.

De l’autre côté de la frontière, plusieurs incendies étaient également en cours au Canada mercredi, dont un à proximité du village de Lytton, en Colombie britannique, à quelque 250 km au nord-est de Vancouver: c’est là qu’a été enregistré mardi un nouveau record absolu de chaleur pour tout le pays, à 49,6 degrés Celsius.

« La canicule historique continue de pulvériser des records » et devrait durer jusqu’à la fin de la semaine, écrivaient les services météorologiques canadiens, dressant une longue liste de températures jamais vues au Canada, qui battent parfois des records établis au 19e siècle.

« Dôme de chaleur »

« On voit de plus en plus ce type de phénomènes météorologiques extrêmes ces dernières années. Donc il faut être réaliste, nous savons que cette vague de chaleur ne sera pas la dernière », a estimé Justin Trudeau.

Ces températures s’expliquent par un phénomène appelé « dôme de chaleur »: de hautes pressions emprisonnent l’air chaud dans la région. Son intensité est toutefois exceptionnelle.

« Le réchauffement climatique est à l’origine de la combinaison dangereuse entre la chaleur extrême et la sécheresse prolongée », a dit Joe Biden en soulignant, à l’adresse des républicains climato-sceptiques, que ce ne devrait pas être un « débat partisan ».

Le travail des pompiers « n’est plus saisonnier », ils font face à des sinistres toute l’année, a-t-il ajouté, en annonçant des revalorisations de leurs salaires.

Environ 9000 soldats du feu sont actuellement déployés dans l’Ouest américain, notamment pour lutter contre la progression du « Lava Fire », à la lisière de l’Oregon et de la Californie, qui a déjà consumé plus de 7000 hectares et n’était contenu qu’à 19% mercredi à la mi-journée.

« Les jours chauds sont toujours plus chauds, les jours secs toujours plus secs: la réalité du réchauffement climatique est face à nous », a commenté le gouverneur démocrate de Californie Gavin Newsom.

“Risque d’incendie extrême”

Selon les autorités, 62 incendies, principalement déclenchés par la foudre, ont été relevés en 24 heures dans toute la Colombie-Britannique. Pour le moment, les autorités provinciales n’ont pas annoncé de blessés ni de décès liés à ces incendies.

“Je ne peux qu’insister sur le fait que le risque d’incendie est actuellement extrême dans presque toutes les régions de la Colombie-Britannique et j’exhorte les Britanno-Colombiens à écouter attentivement les autorités et à suivre les directives”, a enjoint, lors d’un point presse, le Premier ministre de Colombie-Britannique John Horgan.

Le responsable a précisé avoir demandé des renforts auprès du gouvernement fédéral de Justin Trudeau.

Habitants évacués

Les 250 habitants ont dû évacuer car « tout le village est en feu. Il a fallu environ 15 minutes entre l’apparition de la première fumée et le moment où le feu avait pris partout », a décrit le maire de Lytton, Jan Polderman, à la télévision CBC News. Des images vidéo montraient le feu ravageant les collines entourant le village, que les habitants quittaient sous des nuages de fumée.

Les habitants de 241 autres habitations de la région ont également fui les flammes.

« La canicule historique continue de pulvériser des records » et devrait durer jusqu’à la fin de la semaine, écrivaient les services météorologiques canadiens, dressant une longue liste de températures jamais vues au Canada, qui battent parfois des records établis au XIXe siècle.

« Impossible de rester dehors »

L’affolement des thermomètres a fait des victimes. Au moins 486 personnes sont décédées subitement depuis vendredi en Colombie britannique, soit environ trois fois plus que la moyenne sur une telle période, selon les autorités.

« C’est insupportable, c’est impossible de rester dehors », commentait Rosa, une habitante de la métropole de Vancouver, habituée à des températures tempérées. « J’espère que ça ne recommencera jamais, c’est trop ».

Les autorités des deux pays ont appelé la population à minimiser ses sorties, à boire beaucoup et à prendre des nouvelles des personnes seules et âgées, mettant sur pied des « centres de rafraîchissement », dotés d’air climatisé et de brumisateurs. Dans la région de Vancouver, des écoles ont été fermées et les campagnes de vaccination contre le Covid-19 suspendues. Les climatiseurs et ventilateurs sont en rupture de stock.

« La durée de cette canicule est inquiétante car il y a peu de répit la nuit », a souligné le ministre canadien de l’Environnement.

L’amplification climatique

Le village de Lytton, lui, connaît une situation encore plus préoccupante. Pourquoi ? “La localité a une configuration topographique favorable aux fortes chaleurs”, explique Gaétan Heymes. Concrètement, “le village est encaissé avec des montagnes autour. La masse d’air frais du Pacifique ne peut pas gagner et donc, on se retrouve dans un climat continental, avec de l’air qui se réchauffe de jour en jour”, précise le prévisionniste. En effet, des températures supérieures à 40 °C ont déjà été observées là-bas ces dernières années, mais jamais aussi proches des 50 °C.

Car au-delà du phénomène purement météorologique du “dôme de chaleur”, un autre élément vient aggraver la situation. “Avec le réchauffement du climat et des masses d’air, les conséquences sont plus importantes”, note Gaétan Heymes. Comprenez, ces “dômes de chaleur” sont de plus en plus intenses en raison du dérèglement climatique. “Il y a des phénomènes d’amplification, confirme Robert Vautard, météorologue et climatologue. Lorsque les températures sont très élevées, elles assèchent les sols. Et les sols secs amplifient les températures. Donc, on a un phénomène d’accélération de ces vagues de chaleur en été.”

Le Canada et les Etats-Unis ne sont pas les seuls pays à devoir s’en inquiéter. En effet, ces anomalies de circulation atmosphérique sont également observées en Europe ou en Asie. La France en a déjà connu, comme en juin 2019, où le record absolu de température avait été battu dans l’Hérault, avec 46 °C. Et ce n’est pas fini. “Si une telle situation devait se produire en Europe, on pourrait craindre des records battus de manière généralisée”, prévient Gaétan Heymes.

Bientôt la même chose en France ?

L’ouest canadien vit actuellement une canicule historique avec des températures frôlant les 50°C à l’ombre. De telles températures sont malheureusement tout à fait probables en France dans les années à venir.

Avec une température de 50°C (précisément 49,6°C) relevée à Lytton mardi, au nord-est de Vancouver au Canada, un nouveau cap a été franchi dans l’avancée inexorable du réchauffement climatique. Jamais une telle température n’avait été observée au Canada et à aussi haute latitude.

Depuis le week-end dernier, cette région du globe connaît une canicule historique, avec des températures proches de 50°C l’après-midi et des nuits étouffantes. Les autorités font état de plusieurs centaines de morts subites, sans compter les feux de forêts et des dégâts considérables sur les infrastructures.

Une telle situation et de telles températures peuvent-elles se produire en France ? Si oui, le risque est-il imminent ? Quelles seraient les régions les plus exposées ? Éléments de réponse.

Déjà des températures supérieures à 45°C en France

En France, le dernier record national de chaleur date seulement de 2019. Une canicule exceptionnelle avait alors touché le sud-est du pays, avec des températures proches de 45°C à l’ombre durant les après-midis de la dernière semaine de juin. On avait alors relevé 46°C à Vérargues dans l’Hérault, température la plus élevée jamais atteinte dans l’hexagone.

Cette année 2019 avait été marquée par une autre canicule, quelques semaines plus tard, cette fois sur le nord du pays. La température avait atteint 43°C à Paris, 42°C à Lille et 40°C à Rennes.

Ces épisodes caniculaires de 2019 ont été les plus exceptionnels après la canicule de 2003, qui avait causé la mort de près de 15.000 personnes en France. Le record de température s’établissait alors à 44°C dans le Gard, mais le nombre de jours à plus de 40°C avait été plus important.

Ces canicules sont prévues (si on ne change rien) en post-2050 dans les séries du DRIAS avec par exemple plus de 48°C à Auxerre voire même les 50°C approchés.

Des pointes à 50°C très probables

Des chercheurs du réseau World Weather Attribution ont démontré que les canicules de juin et juillet 2019 aurait été improbables sans l’empreinte du réchauffement climatique. La situation actuelle au Canada intervient alors que le Haut Conseil pour le Climat a publié mercredi son nouveau rapport annuel sur l’évolution climatique en France.

Ce dernier rappelle que les efforts de la France restent “insuffisants” à l’heure actuelle en matière de lutte et d’adaptation contre le changement climatique.

Selon Météo-France, les températures moyennes devraient augmenter de 4°C d’ici à 2100 par rapport à aujourd’hui, avec des conséquences considérables sur nos sociétés et notre environnement.

En 2017 déjà, des travaux menés par des scientifiques français montraient que des températures supérieures à 50°C seraient fortement probables, dès 2050, sur une grande partie du pays. Les modélisations montraient que l’est et le nord du pays seraient les plus exposés, avec des pointes à 55°C du Lyonnais à l’Alsace.

Ces travaux montrent bien que la question n’est plus de savoir si de telles températures vont effectivement se produire en France, mais comment s’adapter à ces pics de chaleurs de plus en plus imminents…

Boris