Des militants dégradent une œuvre du Voyage à Nantes

Des militants dégradent une œuvre du Voyage à Nantes

Le bateau n’était installé sur la place Royale de Nantes que depuis quelques jours, mais il n’en a pas fallu plus pour qu’il suscite la polémique.

En marge de l’action contre le financement du dérèglement climatique, menée par Youth For Climate, mardi 6 juillet, des militants « autonomes » ont fixé une banderole sur Le Naufrage de Neptune, l’œuvre d’Ugo Schiavi, écrit le collectif sur Twitter.

« Le Noyage à Nantes »

Mercredi 7 juillet, la banderole a été retirée de la 54e étape du Voyage à Nantes. Dans un texte collé près de l’œuvre et signé « Le Noyage à Nantes », les contestataires dénoncent le manque de portée dénonciatrice de l’œuvre et le rôle de la Ville dans « la banalisation de ce passé dans nos imaginaires ».

Rappelons que Le Voyage à Nantes passe également par le château des Ducs de Bretagne, qui met en lumière l’importance du port de Nantes dans la traite négrière, ainsi que par le mémorial de l’abolition de l’esclavage.

Néanmoins la fête du voyage à Nantes continue

A chaque édition, son foisonnement d’installations et de fantaisies nées du regard d’artistes sur la ville, ses usages et ses singularités. « Les artistes sont invités à interpréter la ville », tel est le mantra de Jean Blaise, l’instigateur du Voyage à Nantes, dynamique puissante et festive qui a su infiltrer partout dans l’espace public l’esprit du « pas de côté », auquel rend hommage une irrésistible statue de Philippe Ramette, sur la place du Bouffay.

Habitants, touristes, enfants ou amateurs d’art, l’esprit malicieux de l’événement permet à chacun de se retrouver happé par des propositions et scénarios poétiques. Dans une ville elle-même en mutation : que de changements en dix ans, entre nouveaux bâtiments, nouveaux quartiers, nouvelles attractivités et nouveaux publics !

Cette 10e édition ne déroge pas à la règle, mais l’œil du visiteur, qui ne peut pas tout voir tellement la palette est vaste entre les anciennes interventions pérennisées et les nouvelles, mais surtout entre art contemporain, design, architecture, aires de jeu ou de convivialité, enseignes, jardins ou expositions muséales associées.

Un naufrage et un mystérieux temple domestique

Non loin de là, la vision offerte par la place Royale est plus dramatique : Ugo Schiavi a créé Le Naufrage de Neptune, un monumental naufrage sur l’élégante fontaine représentant la Loire et ses affluents. La carcasse percée et comme rouillée, fabriquée en acier dans un ancien chantier naval local, tempête et ruisselle tous les effets des jets qu’elle enferme. Il s’agit en réalité d’une œuvre prévue pour l’édition 2020 qui n’avait pas pu être finalisée à temps lors du déconfinement. Cette chimère de drames passés, contemporains et futurs est un « récit archéologique d’anticipation », comme le nomme l’artiste lui-même.

Plus douce et ouatée est la carte blanche donnée à Bianca Bondi au Temple du goût. Cet espace intimiste aussi sombre que gracieux, situé au rez-de-chaussée d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle, attire chaque année des propositions fortes et singulières. La jeune artiste sud-africaine l’a mué en un mystérieux temple domestique. Sol de sel, enivrant plafond de plantes médicinales, bains emplis de coquillages et de pièces, l’atmosphère onirique et spirituelle est réconfortante jusque dans sa chambre claire, au lit rond perlé d’une boule de cristal. Un refuge mental et olfactif, voire comestible, entre miel, herbes et bouquets d’amarante.

Enchanteresse aussi est la proposition de l’artiste allemande Ulla von Brandenburg au passage Sainte-Croix. Soit une déambulation tout en drapés de couleurs intenses, défilés de patchwork ou d’étoffes maniées comme des marionnettes abstraites. Le tissu est un théâtre jusque dans la cour, où sur une scène aux trois rideaux se rejouent des scènes vues en vidéo dans l’écrin textile.

Un castor en équilibre et des fragrances

Pêle-mêle restent à découvrir parmi les créations de l’année la petite fable horizontale de Laurent Le Deunff créée sur les vestiges d’une tour du Moyen Age redécouverte à la faveur des travaux du tramway – l’artiste en fait un socle pour un constructeur immémorial : un castor, en équilibre au-dessus du vide sur un arbre. Ou « Travailler le dimanche », réjouissante exposition entre corps et langage, de Gilles Barbier, à la HAB Galerie. Il y présente sa série au long cours du « Jeu de la vie », dans lequel déambule un de ses fameux clones miniatures.

Nantes se dote au passage d’un parfum, qu’il s’agit de choisir entre trois propositions élaborées par de grands nez. Le très design et solennel bureau de vote estival se situe dans le château des ducs de Bretagne, et le décompte des billes de cristal désignera, fin août, la fragrance mixte élue qui infiltrera jusqu’à l’air nantais dans son sillage. Château qui accueille aussi dans son enceinte les frappantes « Expression(s) décoloniale(s) » du Béninois Romuald Hazoumè, dont un géant dé pipé réalisé à partir de tongs abandonnées sur les plages par les migrants africains.

Pour ceux qui auront le temps de remonter l’estuaire jusqu’à Saint-Nazaire pour (re)découvrir la collection d’œuvres qui viennent ponctuer un paysage méconnu, aussi sauvage qu’industriel, il débouche désormais sur un savoureux ensemble de larges sculptures signées Dewar & Gicquel, dressées sur la plage : Le Pied, le Pull-over et l’Appareil digestif.

Boris