Evergrande, le géant immobilier chinois en faillite !

Evergrande, le géant immobilier chinois en faillite !

Le plus gros promoteur immobilier de la Chine pourrait faire faillite. Evergrande, géant de l’immobilier chinois, croule sous une dette colossale, s’élevant à près de 260 milliards d’euros. Le groupe pourrait ne pas parvenir à rembourser ses créanciers.

Premiers impactés, ses fournisseurs et investisseurs risquent de tout perdre. Li Gexin, représentant d’une société de nettoyage, était présent à la manifestation devant le siège de la société, le 15 septembre dernier. « Nous ne pouvons pas payer nos employés, car Evergrande nous doit plus de 2 millions de yuans », s’agace-t-il. « Si nous ne recevons pas notre paiement, notre entreprise fermera ses portes », surenchérit Wu Ruoxin, directeur adjoint d’une société d’ingénierie.

Mercredi 22 septembre, le promoteur a rassuré les marchés en réglant une petite partie de ses intérêts. Inquiètes, les places financières attendent toujours de voir si Pékin sauvera le groupe. La crainte de voir se répéter en Chine un scénario à la Lehman Brothers en 2008 a fait plonger les places financières ces derniers jours.

Qui est Evergrande ?

Le groupe, fondé en 1996 dans le Sud de la Chine, à Canton, par Hui Ka Yan, est le deuxième promoteur immobilier du pays. Coté à Hong Kong depuis 2009, Evergrande est propriétaire de 1.300 projets dans 280 villes, selon son site web. Et à la fin du mois de juin, il s’était engagé à construire 1,5 million de logements.

Cependant, ses activités vont bien au-delà de la promotion immobilière . Avec plus de 200 filiales offshore et près de 2.000 filiales nationales, Evergrande s’est également développé dans les véhicules électriques, les médias, l’eau minérale, la gestion de patrimoine… le groupe tentaculaire possède même le plus grand club de football de Chine et un parc d’attractions.

La crainte d’une bulle immobilière

Derrière Evergrande, c’est la santé du marché immobilier chinois qui inquiète. Depuis vingt ans, les prix n’ont cessé d’augmenter, une hausse savamment entretenue par les autorités locales, qui se financent largement sur la vente de terrains. Pourtant, cette bulle n’éclate pas. « Même si l’endettement augmente, les foyers chinois ont encore plus d’épargne que de dettes.

Comme il y a peu d’occasions d’investissements, l’essentiel de l’épargne va dans l’immobilier, explique Alicia Garcia Herrero, économiste en chef pour l’Asie-Pacifique chez Natixis. Au départ, il y avait trop de demande. Aujourd’hui, il y a trop d’offre. Les prix ne s’effondrent pas parce qu’il reste une demande captive et parce que les autorités interviennent régulièrement avec des mesures ciblées.

Mais, depuis 2015 au moins, les revenus disponibles ne peuvent pas suivre la hausse des prix. » Dans les plus grandes villes chinoises, il faut plus de vingt-cinq ans du salaire moyen pour acheter un appartement et treize ans, en moyenne, dans tout le pays, d’après des chiffres de 2019.

Dans ce marché profondément déséquilibré, nombre de promoteurs, petits ou grands, sont surendettés. Les difficultés retentissantes d’Evergrande et les mesures de contrôle mises en place par les autorités centrales en août 2020 vont rendre leur financement encore plus difficile. Dans le sillage d’Evergrande, plusieurs groupes, comme Guangzhou R & F Properties ou Xinyuan Real Estate, ont déjà vu le coût de leur dette s’envoler.

Evergrande pourrait faire mal aux portefeuilles des investisseurs européens

Le mauvais souvenir, c’est le 15 septembre 2008. Pour les investisseurs en Bourse, le 15 septembre 2008 est lié à la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. C’est d’ailleurs à partir de cette faillite bancaire américaine que l’onde de choc de la plus grande crise financière mondiale depuis 1929 s’est propagée au reste de la planète. Au départ de cette crise financière, il y avait des malversations et des spéculations sur le marché immobilier américain. Cette fois, l’onde de choc pourrait venir, non pas des Etats-Unis, mais de la Chine, et plus précisément du promoteur immobilier Evergrande.

Evergrande est le numéro deux de l’immobilier en Chine, mais c’est aussi le plus endetté. Ce géant de la brique n’arrive plus à honorer ses engagements et ses actionnaires ne veulent plus remettre de l’argent au pot. Résultat : le géant immobilier a perdu 90% de sa valeur en Bourse, et toute la planète financière a peur d’un effet domino. Même en Europe, c’est la peur, car un effet domino serait dommageable pour l’économie chinoise dans sa totalité, or, nos géants de l’automobile et du luxe sont très actifs en Chine. En cas de ralentissement de l’économie chinoise, des actions liées à l’automobile et au luxe pourraient plonger et faire mal aux portefeuilles des investisseurs européens. On n’en est pas encore là. En revanche, en Chine des milliers d’épargnants sont rincés et des milliers de petits fournisseurs chinois pleurent à chaudes larmes, car ils ne seront pas remboursés.

Tout le monde a les yeux tournés sur le gouvernement de Pékin. La chine a, en effet, les moyens financiers de renflouer ce promoteur immobilier et nous éviter un remake d’un Lehman Brothers à la chinoise. Mais Pékin est face à un dilemme. Si Evergrande a autant de soucis, c’est aussi parce que le parti communiste chinois a édicté de nouvelle règles pour freiner la spéculation immobilière et donc freiner les inégalités sociales. Pékin veut punir les spéculateurs, mais en même temps, il ne souhaite pas d’une crise financière internationale.

Pourquoi compare-t-on Evergrande à Lehman Brothers ?

La comparaison avec le géant bancaire américain vient essentiellement de l’immense bilan du colosse chinois, de son opacité, et de la crainte de voir un défaut déclencher une nouvelle crise financière systémique, comme la faillite de Lehman Brothers en 2008.

Cependant, la plupart des analystes estiment que l’impact d’une restructuration d’Evergrande devrait être limité pour les banques comme pour les investisseurs obligataires. Par ailleurs, « la connexion entre les marchés financiers chinois et les autres est moins grande que ce que nous voyons dans le monde occidental », a rappelé mardi Laurence Boone, la cheffe économiste de l’OCDE.

« L’impact [d’une faillite, NDLR] serait relativement limité, mis à part pour certaines entreprises », a-t-elle ajouté. Dans l’immobilier, seuls quelques acteurs fragiles pourraient en pâtir, Evergrande étant dans un état bien plus grave que la plupart de ses concurrents. Une crise de confiance du secteur risquerait toutefois de peser sur la croissance chinoise, avec des conséquences néfastes sur l’économie mondiale : la Chine a été le principal moteur de la croissance mondiale ces dernières années.

Un risque pour la croissance chinoise

L’immobilier en Chine représente 15 % du PIB, et même 25 % à 30 % en intégrant les industries en amont, comme la production de ciment, d’acier, d’aluminium, ou en aval, comme l’ameublement. Dans le passé, les autorités chinoises ont plusieurs fois utilisé ce secteur pour relancer l’économie, que ce soit après la crise de 2008 ou en 2015, à la suite d’un krach boursier en Chine. Comment ? En ouvrant les vannes du crédit.

Mais Pékin semble décidé à abandonner ce levier : en janvier, le ministre du logement, Wang Menghui, a affirmé que le gouvernement n’utiliserait pas l’immobilier pour soutenir l’économie. « Ce secteur a largement contribué à la croissance chinoise, mais, maintenant, le moteur est à l’arrêt, en partie parce que le gouvernement voulait le stopper, résume Alicia Garcia Herrero. La question désormais est de savoir ce qui va prendre le relais. Pour moi, Evergrande pose la question de la croissance chinoise, et les marchés réagissent aussi à un scénario bien plus négatif pour 2022. »

Un enjeu politique pour Xi Jinping

Aujourd’hui, le déséquilibre du marché immobilier est tel qu’on voit difficilement comment le résoudre sans douleur : une hausse des prix sauverait les promoteurs, mais étoufferait encore plus les jeunes ménages et augmenterait les inégalités. Une baisse entraînerait des faillites, réduirait la richesse des ménages propriétaires et pèserait sur la consommation.

A l’heure où le président chinois, Xi Jinping, s’attaque aux grandes entreprises et défend la « prospérité commune », un effondrement de l’immobilier entraînerait plutôt une « pauvreté commune ». « Les gens commencent à comprendre que la Chine ne va plus connaître une croissance rapide, et cela explique le nouveau slogan pour la “prospérité commune” : il va falloir davantage partager un gâteau qui va moins grossir à l’avenir, explique Alicia Garcia Herrero. C’est pour cela que le Parti communiste, qui cherche toujours à assurer sa légitimité, s’attaque à tous les excès. »

Guy ERWAN

Guy ERWAN

Guy est un bénévole qui n’a pas d’expérience en matière de journalisme, mais il a une grande envie d’apprendre. Il nous apporte son dynamisme et son expérience dans le monde associatif. Guy est originaire de Nantes et aime partager son amour de cette belle région.