Finances : la crise menace de reléguer la France en deuxième division européenne

Finances : la crise menace de reléguer la France en deuxième division européenne

La France pourrait avoir le plus gros déficit de la zone euro en 2024, et faire partie du groupe cumulant les difficultés budgétaires avec l’Espagne, l’Italie et la Belgique, s’alarme la Cour des comptes. Il faudrait chaque année 9 milliards d’économies supplémentaires pour stabiliser la dette en 2027.Depuis plusieurs mois, Bruno Le Maire répète en privé sa hantise de l’après-crise : que celle-ci accentue le fossé entre les économies en Europe, mettant un peu plus à mal le couple franco-allemand avec une France rejoignant l’Italie et l’Espagne en deuxième division européenne. Ce danger que le ministre français des Finances veut conjurer pourrait devenir rapidement réalité, au vu du rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques que publie mardi la Cour des comptes.

Six chiffres illustrant les conséquences de la crise sanitaire sur les finances publiques

La Cour des comptes publie un rapport revenant sur les effets de la pandémie de Covid-19 sur le portefeuille de l’État.

Sans surprise, le rapport très attendu de la Cour des comptes sur le choc qu’a représenté la crise sanitaire pour les finances publiques est accablant. La pandémie et les confinements qui ont suivi ont frappé de plein fouet l’activité, obligeant l’État à réduire ses recettes et à accroître ses dépenses. De quoi faire exploser la dette et le déficit, déjà à des niveaux élevés avant la crise. Résumé des principaux points à retenir du document publié ce mardi, en quelques chiffres.

97,6% : des finances françaises fragiles avant la crise

Contrairement à bon nombre de ses collègues européens, comme l’Allemagne, la France est entrée dans la crise dans une situation financière fragile. Depuis vingt ans, les dépenses publiques ont davantage augmenté que les prélèvements obligatoires, obligeant l’État à piocher dans la dette pour se financer. En outre, les périodes fastes n’ont pas suffisamment été mises à profit pour stabiliser les comptes publics.

Résultat : à l’orée de la crise, l’Hexagone présentait un bilan moins solide que nos voisins, avec une dette établie à 97,6% du PIB, et un déficit à 3,1%. Plus grave, Paris était la seule capitale de la zone euro «affichant un déficit primaire, c’est-à-dire hors prise en compte de la charge d’intérêts», avec Madrid. La France n’est jamais parvenue à arriver à l’équilibre depuis «plus de quarante ans», sanctionne la Cour.

1% et 2,3% : des dépenses publiques et prélèvements obligatoires qui progressaient toujours trop

Pourtant, la France avait fait des efforts, reconnus par la Cour : entre 2010 et 2019, les dépenses publiques progressaient moins, en volume, que sur la décennie précédente, soit 1% contre 2,2% respectivement. Reste que nos dépenses restaient, en 2019, «les plus élevées de l’Union européenne», d’une part, et elles progressaient «plus fortement qu’en Europe», d’autre part. Les efforts n’étaient donc pas suffisants.

La Cour donne un exemple concret pour illustrer cette hausse. Sur «l’augmentation de 3720 euros de dépenses publiques par habitants observée entre 2000 et 2019», près de 80% dépendent de la protection sociale.

Ces efforts restaient insuffisants. Parmi les points soulevés par le rapport, les prélèvements obligatoires en France restaient extrêmement élevés, représentant 45,5% du PIB, bien au-delà de la moyenne de la zone euro (40,4%). Ensuite, entre 2000 et 2019, l’Hexagone présentait aussi une hausse des prélèvements bien plus marquée (+2,3 points de PIB) que dans la zone euro (+0,7 point en moyenne).

-7,9% : un effondrement du PIB jamais vu en temps de paix

Le chiffre est connu, mais il est toujours aussi impressionnant : les deux confinements de mars et de novembre 2020 ont fait s’écrouler l’activité en France, faisant reculer le PIB de 7,9%. «Un repli inédit depuis 1945», souligne la Cour, bien plus marqué qu’après la crise de 2008 et celle de 2011.

+92,8 milliards d’euros de dépenses : en 2020, des finances publiques en souffrance

La crise sanitaire a causé un double mouvement pesant lourd sur le portefeuille de l’État. D’un côté, les prélèvements obligatoires se sont écroulés de 40 milliards d’euros, soit 4,1%. De l’autre, les dépenses des administrations publiques ont bondi de 7,1%, soit «plus de 90 milliards d’euros». Une hausse expliquée en grande partie par les mesures de soutien, estimées à 72,6 milliards d’euros par l’exécutif.

+1000 milliards d’euros en 12 ans : gare à la dette

Sans surprise, la France s’est fortement appuyée sur la dette et le déficit pour financer ses programmes d’appui, l’année dernière. La première a ainsi bondi de 270 milliards en quelques mois seulement, et le second a atteint 9,2 points de PIB. Cette hausse spectaculaire n’est pas terminée : elle devrait se poursuivre au moins sur l’année 2021, malgré le rebond de la croissance et de l’activité attendus cette année.

L’exécutif table sur une dette au-delà des 117% d’ici fin décembre, faisant de la France l’un des pays les plus affectés par la crise en Europe, et l’un des plus endetté de la zone euro, derrière la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Au total, entre 2009 et aujourd’hui, la dette a augmenté de «plus de 1000 milliards», note la Cour, passant de 1608 milliards, en 2009, à quelque 2650,1 fin 2020. De quoi donner le tournis.

“Une normalisation est en cours”, selon Pierre Gramegna

Ce lundi, le ministre des Finances, Pierre Gramegna, a fait le point sur la situation financière de l’État au 31 mai 2021.

“À la fin du mois de mai, les finances publiques se sont davantage améliorées, confirmant de la sorte le redressement de l’économie déjà observé au cours des derniers mois. Je me réjouis particulièrement de cette évolution favorable des recettes et des dépenses publiques, avec un retour graduel à la normalité qui s’annonce désormais”, souligne Pierre Gramegna, ministre des Finances.

Au 31 mai 2021, les recettes totales ont augmenté de +27,8% par rapport aux cinq premiers mois de 2020. Les chiffres doivent être considérés à la lumière de la situation particulière en 2020 caractérisée par les mesures de restrictions décidées à l’époque pour endiguer la propagation du coronavirus. Et ce avec conséquence une fermeture prononcée de larges pans de l’économie, ayant provoqué une chute spectaculaire des recettes.

Quant aux dépenses publiques, celles-ci ont diminué de -6,5% sur base annuelle. La diminution par rapport à 2020 témoigne de l’immense effort extraordinaire en faveur des entreprises et des citoyens de l’an passé, pour faire face à la crise, et annonce donc un retour à la normalité dans l’évolution des dépenses. Grâce à l’effet de ciseaux positif, avec des recettes en progression et dépenses en baisse, le solde budgétaire de l’administration centrale observé au 31 mai 2021 s’est donc nettement amélioré, en affichant un excédent de +110 millions d’euros.

En conclusion, le ministre des Finances commente: “Les chiffres à fin mai confirment à nouveau que l’amélioration des perspectives budgétaires est en train de se matérialiser. Je suis très satisfait de l’évolution positive des finances publiques, qui est aussi la conséquence d’une politique financière prudente et à la fois soucieuse d’accompagner les entreprises dans la sortie de crise. Avec l’assouplissement des restrictions sanitaires et l’avancement rapide de la campagne de vaccination, l’économie reprend des couleurs en même temps que la vie quotidienne des citoyens reprend le chemin de la normalité”.

Les recommandations de la Cour des comptes pour rétablir les finances publiques après la crise

Dans un rapport remis au Premier ministre, les Sages recommandent une stratégie de rétablissement des finances publiques notamment axée sur le renforcement de la croissance potentielle tricolore et sur la réduction de la dépense publique.

Après une année de “quoi qu’il en coûte” et alors que la France pourrait tourner la page de la crise dans les prochains mois, le gouvernement commence à se pencher sur la question des finances publiques. A la demande du Premier ministre, la Cour des comptes lui a remis ce lundi un rapport dans lequel elle suggère une “stratégie de finances publiques pour la sortie de crise” avec une série de recommandations.

Or, “la soutenabilité de la dette est un enjeu de souveraineté”, assure la Cour qui y voit “une condition nécessaire pour faire face aux chocs économiques futurs” et un moyen de “rester en mesure de financer les politiques et le fonctionnement des administrations publiques”. “A plus long terme, la poursuite de la hausse du ratio d’endettement risquerait de fragiliser la confiance des acteurs économiques dans la capacité de la France à honorer ses engagements passés et à venir”, ajoute-t-elle.

Renforcement de la croissance potentielle et réduction de la dépense publique

Dès lors, la Cour des comptes détaille une stratégie de rétablissement des finances publiques reposant sur trois piliers. Elle indique tout d’abord que la France doit renforcer son niveau de croissance potentielle, aujourd’hui estimée à 1,2%. Pour ce faire, elle préconise de “concentrer l’effort d’investissement public sur des priorités ciblées” afin de favoriser l’innovation, la recherche ou encore l’industrie. Cela devra également passer par une meilleure définition des “investissements verts prioritaires” pour soutenir la transition écologique et par une accélération de la transformation numérique.

Le second pilier repose sur une réduction progressive à compter de 2023 du déficit public pour “installer la dette sur une trajectoire de baisse durable”. La Cour rappelle à ce titre que la dépense publique française était déjà 8,6 points supérieure à la moyenne européenne avant la crise. Et identifie “cinq secteurs-clés” qui “pourraient faire l’objet de réformes visant à améliorer la qualité de la dépense publique”.

Elle cite en premier lieu “le système des retraites, qui, malgré des réformes qui ont eu un impact positif, n’est toujours pas équilibré de façon pérenne”. Les autres gisements d’économies prioritaires identifiés par la Cour sont les dépenses d’assurance maladie, la politique de l’emploi, le logement, et les minimas sociaux “dont il faut accroître l’efficacité et le ciblage, notamment en direction des ménages les plus défavorisés”.

Réforme de la gouvernance des finances publiques

Enfin, les Sages plaident en faveur d’une meilleure gouvernance des finances publiques avec une réforme au niveau européen et national. Au niveau européen d’abord, ils recommandent une réforme des règles du pacte de stabilité et de croissance qui imposaient avant la crise aux Etats membres de maintenir leur déficit et leur dette publique en dessous des seuils respectivement fixés à 3% et 60% du PIB.

Boris