Flambée des cours du gaz, rôle de la Russie

Flambée des cours du gaz, rôle de la Russie

En Europe, le prix du gaz a augmenté de plus de 250% depuis janvier. Mais ça c’est une moyenne, parce que si l’on regarde pays par pays, ça donne le vertige. Au Royaume-Uni par exemple, c’est +500% et dans le sillage du gaz, l’électricité atteint elle aussi aujourd’hui des niveaux historiques.

Cela s’explique d’abord par une explosion mondiale de la demande de gaz et d’électricité, liée à la reprise économique après le Covid qui s’est produite presque partout en même temps. Ensuite, par des perturbations météo : les énergies renouvelables n’ont pas pu prendre le relais comme elles l’auraient dû. L’éolien par exemple a été très perturbé ces derniers mois, il n’y a quasiment pas eu de vent en Europe. Les producteurs ont donc du relancer des centrales à charbon ou faire fonctionner plus longtemps les centrales à gaz. Mécaniquement, ils ont émis plus de CO2, donc ils ont dû payer plus de droits d’émission, des droits qui eux aussi sont de plus en plus élevés, on est à 62 euros la tonne.

À tout cela s’ajoute le jeu pas très clair de la Russie, l’un des premiers fournisseurs de gaz en Europe. Gazprom est soupçonné d’avoir volontairement réduit ses approvisionnements de gaz qui passent par l’Ukraine pour pousser l’Allemagne à approuver plus rapidement l’entrée en service du gazoduc Nord Stream 2, qui lui passe par la mer Baltique. Une quarantaine d’eurodéputés ont demandé mi-septembre à la Commission d’enquêter sur le géant énergétique.

La Russie, premier fournisseur de l’Europe

Dans ce contexte, la Russie, premier fournisseur de l’Europe, se garde pour l’instant de livrer autant de gaz qu’elle le pourrait. Une manière notamment de soutenir son gazoduc controversé Nord Stream 2 vers l’Allemagne, dont la construction vient de s’achever. Le lancement opérationnel de ce tuyau qui contourne la traditionnelle route ukrainienne doit encore être acté par le régulateur allemand.

«Les hausses récentes des prix du gaz naturel sont le résultat de multiples facteurs», souligne toutefois le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol. Les prix de l’électricité ont également atteint des niveaux élevés dans de nombreux pays dans le sillage des cours du gaz, du charbon et des prix du carbone en Europe.

«Des transitions énergétiques bien gérées sont une solution aux problèmes auxquels nous assistons aujourd’hui sur les marchés du gaz et de l’électricité – ils n’en sont pas la cause», a insisté M. Birol.

Une stratégie commerciale orchestrée par le Kremlin

Une grande partie du gaz passe par l’Ukraine pour arriver en Europe. Moscou mène le jeu en ouvrant et fermant les vannes à sa guise dans ce conflit qui dure déjà depuis six ans. Ainsi, cet été, la Russie a réduit ses livraisons à l’Europe, ce qui est l’un des facteurs essentiels de la hausse des tarifs. La version officielle invoque des problèmes logistiques dans certaines usines [un incendie a entraîné l’arrêt d’une raffinerie de la société contrôlée par l’État Gazprom, en Sibérie], mais beaucoup d’analystes s’accordent à dire qu’il s’agit d’une stratégie commerciale orchestrée par le Kremlin à un moment où la demande mondiale est élevée.

Sa position géostratégique donne à Kiev un avantage de poids pour obtenir le soutien de l’Europe dans la guerre que la Russie lui a déclarée. Mais ce soutien pourrait bientôt disparaître : l’Allemagne vient de finaliser la construction de Nord Stream 2, un gazoduc controversé qui relie directement les deux pays en passant par la mer Baltique.

Le scénario probable est que l’Ukraine perde sa position clé dans le transit du gaz, ce qui la privera de revenus vitaux [les royalties] qui seront redirigés vers la Russie. En parallèle, la dépendance énergétique de l’Europe à l’égard de la Russie augmentera. Le projet Nord Stream 2 a été sévèrement critiqué par les États-Unis et les organisations de défense de l’environnement.

En bout de chaîne, les factures ont déjà augmenté

En Espagne, la facture mensuelle moyenne de gaz est passée sur un an d’une quarantaine à 108 euros. Pour limiter la casse, le gouvernement avait déjà baissé la TVA de 21% à 10% cet été. Ça n’était pas suffisant. Nouveau plan d’urgence annoncé la semaine dernière : cette fois ce sont les grandes compagnies de distribution qui sont mises à contribution. L’argent sera ponctionné dans ce qu’on appelle leurs « surprofits », des bénéfices exceptionnels liés à l’augmentation des prix. Madrid espère récupérer 2,6 milliards d’euros d’ici le printemps pour les redistribuer aux plus modestes.

Au Royaume-Uni, une augmentation de 12% est prévue dans 10 jours. Sur un an, l’inflation pour un foyer représente environ 150 euros.  Autre conséquence, cinq fournisseurs d’énergie ont déjà fait faillite, d’autres devraient suivre dans les jours qui viennent. Cette crise du gaz a aussi entraîné un déficit de fabrication du dioxyde de carbone, indispensable pour la fabrication de boissons gazeuses non alcoolisées et pour étourdir les volailles avant abattage. Le pays craint les pénuries.

En Italie, on envisage de revoir le mode de calcul des factures alors que le gouvernement craint une hausse de 40% des prix de détail de l’électricité au cours du prochain trimestre. En France, une aide « exceptionnelle » de 100 euros sera versée en décembre à presque 6 millions de personnes bénéficiaires du « chèque énergie ».

Crise énergétique en Europe

Un groupe de quelque 40 eurodéputés avait demandé mi-septembre à la Commission d’enquêter sur le géant énergétique russe Gazprom, l’accusant de réduire ses approvisionnements en gaz passant par l’Ukraine pour pousser l’Allemagne à approuver plus rapidement l’entrée en service du gazoduc Nord Stream 2 et alimentant ainsi une hausse des prix. Gazprom avait démenti toute manipulation du marché.

Les prix de l’électricité, déjà en forte hausse depuis des mois dans le sillage des cours mondiaux du gaz, se sont envolés récemment dans plusieurs pays de l’UE.

Certains gouvernements ont dit envisager des mesures telles que des aides ou un plafonnement des prix afin de limiter l’impact sur les consommateurs.

En France, le gouvernement a annoncé la semaine dernière qu’il verserait en décembre une aide « exceptionnelle » de 100 euros aux 5,8 millions de Français bénéficiaires du « chèque énergie ».

Les États-Unis subissent également une hausse des prix de l’énergie mais sont protégés en tant que producteur de gaz de schiste. La ministre américaine de l’Énergie Jennifer Granholm, en visite à Varsovie, a mis en garde le 22 septembre contre une « manipulation » des prix du gaz en Europe par le biais « de la thésaurisation ou de l’échec à fournir une offre adéquate ».

John CASTEL

John CASTEL

Il est étudiant en journaliste dans une école parisienne. John est spécialisé dans les informations relatives au numérique et la High-Tech. Théo permet d’apporter une information au plus près de nos lecteurs.