La révision des tarifs solaires, fin du Photovoltaïque ?

La révision des tarifs solaires, fin du Photovoltaïque ?

Décidément remontés à bloc, les professionnels de l’énergie solaire sonnent la mobilisation générale contre le projet de décret du Gouvernement revoyant à la baisse les tarifs de rachat de l’électricité d’origine photovoltaïque pour les contrats antérieurs à 2011. Dans une tribune, ils dénoncent un “paradoxe” basé sur “des calculs complètement déconnectés de la réalité économique” de leur filière.

Alors qu’elle grondait depuis un moment, la colère de la filière photovoltaïque a fini par éclater lorsque le Gouvernement lui a envoyé son projet de décret revoyant à la baisse les tarifs de rachat de l’électricité d’origine solaire pour les contrats conclus avant 2011. La mesure, jugée violente d’un point de vue économique et incompréhensible d’un point de vue environnementale, doit potentiellement permettre à l’État d’économiser quelque 4 milliards d’euros sur 10 ans. Mais elle n’est bien sûr pas du tout du goût des professionnels du secteur, qui ont décidé de sonner la charge.

En France, l’autoconsommation photovoltaïque ne séduit pas que les départements ensoleillés.

Quels départements français sont les champions de l’autoconsommation photovoltaïque ?

Dans un panorama dévoilé le 21 juin, Effy fait un point d’étape sur cette filière émergente.

Le progrès de l’autoconsommation photovoltaïque ne se dément pas. Si la France accuse du retard sur ses voisins européens, le nombre d’installations continue de croître rapidement. Spécialiste de la rénovation énergétique, l’entreprise Effy a compilé lundi 21 juin les dernières données disponibles sur cette filière émergente. On y découvre notamment les départements qui ont le plus adopté ces équipements.

Un bond de 50 % sur un an

À la fin du premier trimestre, Enedis dénombrait 109 236 installations de production photovoltaïque avec autoconsommation en France. Soit une hausse de 50,4 % par rapport à la fin du premier trimestre 2020. La puissance raccordée a augmenté quant à elle de 64,4 % pour atteindre 472,05 MW. Ces données paraissent modestes mais elles contrastent avec l’état de la filière quelques années plus tôt : début 2015, l’autoconsommation photovoltaïque se limitait à 2 203 installations.

La fin des rentiers du photovoltaïque

Un amour contrarié avec le soleil. Pour Hubert Helvig, agriculteur dans la commune de Hesse, en Moselle, la période estivale a longtemps été porteuse de bonnes nouvelles. Pas tellement pour ses vaches, ou les céréales qu’il cultive sur le lopin familial de 260 hectares. Mais bien pour les 5 000 mètres carrés de panneaux photovoltaïques disposés depuis dix ans sur la toiture d’un de ses bâtiments agricoles, qui produisent à plein durant la saison. Une vraie source de revenus pour cet exploitant, qui a pu dégager annuellement jusqu’à 300 000 euros en vendant son électricité à EDF grâce aux tarifs garantis par l’Etat. Cette année, pourtant, le retour des beaux jours ne saurait égayer le quotidien d’Hubert Helvig. Socle de sa diversification, l’installation solaire dans laquelle il a investi 3 millions d’euros pourrait causer sa perte.   Comme d’autres producteurs dont l’installation dépasse les 250 kWc (kilowatt-crête), l’agriculteur s’apprête à subir la renégociation de tarifs que l’Etat avait accordés pour certains contrats conclus entre 2006 et 2010. Pourquoi une telle volte-face ? Aux yeux du gouvernement, ces derniers ont bénéficié de rentes excessives, à savoir des tarifs de rachat parmi les plus généreux au monde alors que le prix du matériel ne cessait, lui, de baisser. “Ces contrats représentent 2 milliards d’euros de subventions chaque année, pour moins de 5 % de la production renouvelable. Le coût est exorbitant pour les finances publiques”, défend-on du côté du ministère de la Transition écologique. L’exécutif espère récupérer entre 4 et 7 milliards d’euros sur dix ans avec cette loi. Naturellement, la mesure dévoilée fin septembre a immédiatement suscité une levée de boucliers chez la filière solaire. “Quel genre d’Etat revient sur sa parole ?” nous confiait alors un producteur. Voté par le Parlement fin décembre malgré l’opposition du Sénat, l’article 225 a même été porté devant le Conseil constitutionnel. Mais les Sages n’ont rien trouvé à y redire, jugeant que l’intérêt général – à savoir les deniers du contribuable – l’emportait sur ces contrats juteux. 

La ferme photovoltaïque de Filstroff-Bouzonville menacée de faillite

En engageant près de 7 millions d’euros dans un parc photovoltaïque, Jean-Marc Brème et ses deux associés ne s’imaginaient pas, dix ans plus tard, craindre la faillite. Ils ont appris que l’État veut raboter le prix de rachat de l’électricité verte. Ils ne percevraient plus que 2 centimes d’euro le kWh au lieu des 60 centimes actuels ! Les installations situées sur les hauteurs de Filstroff permettent de produire l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville comme Bouzonville.

Boris