La Turquie est accusée d’utiliser le sommet d’Interpol pour réprimer ses détracteurs

La Turquie est accusée d’utiliser le sommet d’Interpol pour réprimer ses détracteurs

Les militants affirment qu’Ankara abuse de sa position d’hôte en faisant pression sur l’organe de police pour qu’il harcèle les dissidents vivant à l’étranger.

Des militants des droits de l’homme ont accusé la Turquie d’utiliser son rôle d’hôte de l’assemblée générale d’Interpol pour pousser à la répression des critiques et des opposants politiques qui ont fui le pays.

L’alerte a été donnée après que le ministre turc de l’Intérieur, Süleyman Soylu, a déclaré que son gouvernement profiterait de cet événement de trois jours à Istanbul pour persuader les responsables et les délégués de l’organisation internationale de police criminelle de trouver, d’arrêter et d’extrader les citoyens dissidents turcs – en particulier ceux qu’elle qualifie de terroristes – à l’étranger.

Les militants accusent depuis longtemps les régimes autoritaires d’abuser du système de « notices rouges » d’Interpol, utilisé pour traquer les criminels en liberté, notamment les trafiquants de drogue, les trafiquants d’êtres humains, les personnes soupçonnées de crimes de guerre et les terroristes. Les autorités turques ont été accusées d’inonder à plusieurs reprises l’organisation policière de demandes visant des opposants politiques.

Le Sénat américain s’inquiète également de plus en plus de l’utilisation abusive d’Interpol à des fins politiques. En effet, un nouveau projet de loi visant à mettre fin à l’utilisation abusive de l’organisation pour « poursuivre, harceler ou persécuter des opposants politiques et des dissidents au moyen d’accusations criminelles forgées de toutes pièces » a été présenté en juillet.

La nomination d’Ahmed Nasser al-Raisi, un général émirati accusé de torture, au poste de président d’Interpol a suscité de vives réactions. Al-Raisi a été élu à ce poste jeudi, malgré l’alerte lancée par des dirigeants étrangers sur sa candidature. Les Émirats arabes unis ont également été accusés d’abuser du système des notices rouges pour poursuivre des dissidents.

Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a déclaré mardi, lors de la session d’ouverture de la 89e assemblée générale d’Interpol, qu’il s’attendait à une « forte coopération » dans l’extradition des personnes soupçonnées de suivre le prédicateur islamique Fethullah Gülen, basé aux États-Unis, et le PKK, le mouvement kurde.

Mercredi, le secrétaire général d’Interpol, Jürgen Stock, a déclaré aux journalistes que l’organisation ne donnerait pas suite aux demandes motivées par autre chose que des questions de police.

« Si les pays membres décident de faire appel à Interpol, ils doivent se conformer à nos règles et normes. Si une notice rouge a un arrière-plan essentiellement politique, nous ne prenons aucune mesure. Nous respectons et protégeons les droits de l’homme », a déclaré M. Stock.

Interpol a rejeté près de 800 demandes de notices rouges émanant de la Turquie au cours des cinq dernières années, a déclaré un porte-parole d’Interpol au Guardian, insistant sur le fait que chaque demande était rigoureusement vérifiée. Mais les critiques du Turkish Democracy Project affirment que certains exilés ont été injustement menacés d’arrestation et d’extradition par l’organisation.

« Nous sommes une organisation de police et non une organisation politique, mais nous ne sommes pas aveugles aux questions de géopolitique », a déclaré Interpol.

« Le comité vérifie soigneusement les candidatures des pays où nous savons qu’il pourrait y avoir un problème. Nous avons un groupe de travail qui examine chaque demande de notice rouge de chaque pays membre pour s’assurer de sa conformité. Nous consacrons beaucoup de ressources et d’efforts pour nous assurer que le système des notices rouges est respecté. »

En août, le Stockholm Center for Freedom, une organisation de défense à but non lucratif qui promeut l’État de droit, la démocratie et les droits de l’homme et se concentre sur la Turquie, a accusé le régime d’Erdoğan d’avoir « militarisé » Interpol pour sa campagne plus large de répression contre les critiques, les militants des droits de l’homme et les minorités ethniques ou religieuses à l’étranger.

Elle ajoute : « La Turquie abuse d’Interpol de diverses manières. Le système des notices internationales, comme les notices rouges et les diffusions, est utilisé pour cibler des opposants politiques qui n’ont commis d’autre crime que de critiquer le gouvernement du président Erdoğan.

« La Turquie est également accusée de manipuler la base de données d’Interpol sur les documents de voyage volés et perdus (SLTD) en déposant des dizaines de milliers de dossiers pour des critiques et des opposants qui, dans de nombreux cas, ne savent même pas que leur passeport a été invalidé. »

Les militants s’inquiètent également de la récente réadmission de la Syrie à Interpol après qu’elle ait été bannie pour violations des droits de l’homme et crimes de guerre, craignant que le régime de Damas ne tente de saboter les demandes d’asile légitimes à l’étranger. La Russie, la Chine et l’Iran ont également été accusés d’abuser des notices rouges d’Interpol.

Interpol a été créé en 1923 principalement pour veiller à ce que les criminels ne puissent pas fuir impunément le pays où leur crime a été commis. L’organisation permet aux services répressifs de ses 194 États membres de partager des données sur les crimes et les criminels et de délivrer des mandats d’arrêt.

Madeleine Joelson, directrice exécutive du Turkish Democracy Project, a déclaré : « Interpol – autrefois bastion de la loi et de l’ordre – est devenu un outil de répression transnationale. Erdoğan, tout comme Vladimir Poutine et Xi Jinping, continue d’abuser et de dégrader l’ordre international libéral – déformant son véritable objectif et sapant sa crédibilité. »

Guy ERWAN

Guy ERWAN

Guy est un bénévole qui n’a pas d’expérience en matière de journalisme, mais il a une grande envie d’apprendre. Il nous apporte son dynamisme et son expérience dans le monde associatif. Guy est originaire de Nantes et aime partager son amour de cette belle région.