Le variant Delta plane sur les frontières de l’Europe

Le variant Delta plane sur les frontières de l’Europe

La France et l’Allemagne s’inquiètent de l’arrivée massive en Europe du Sud de touristes britanniques. Emmanuel Macron demande plus de coordination sur la gestion des frontières extérieures de l’Union.

Nouveau variant, nouveau casse-tête. L’arrivée du variant Delta du Covid-19 (ex-variant indien), encore plus contagieux que ses cousins, relance en Europe le très complexe débat sur la gestion des frontières extérieures et intérieures de l’Union. Et ravive les tensions entre les pays avant tout soucieux de relancer leur tourisme et ceux au contraire partisans d’un principe maximal de précaution.

Jeudi et vendredi, lors du sommet européen à Bruxelles, la chancelière allemande Angela Merkel a mis les pieds dans le plat en reprochant au Portugal d’ouvrir grand ses portes aux touristes britanniques, susceptibles d’amener le variant dans leurs bagages. Vendredi, face à la hausse des cas, Lisbonne a de fait dû rétablir certaines restrictions.

Merkel fait les gros yeux

La France et l’Allemagne font aussi les gros yeux à la Grèce, qui acceptent les touristes vaccinés avec les vaccins russes ou chinois, dont l’efficacité contre le variant delta fait débat. C’est la limite du futur passeport sanitaire européen qui doit pleinement entrer en vigueur début juillet : au-delà des quatre vaccins autorisés par l’Agence européenne des médicaments (EMA), chaque pays reste libre ou non d’accepter les arrivants ayant reçu un autre sérum.

En réaction, la France et l’Allemagne, qui imposent, elles, des quarantaines aux voyageurs arrivant du Royaume-Uni, ont plaidé jeudi pour une ligne commune plus dure sur l’entrée dans l’UE des voyageurs extérieurs au bloc. « D’abord, nous devons tous reconnaître les mêmes vaccins, ceux autorisés par l’EMA et pleinement efficace contre les derniers variants, dont le variant delta. Cette coordination s’impose aussi pour que nos règles s’harmonisent en matière d’ouverture à des pays tiers ; c’est la clé pour que le green pass européen soit pleinement efficace », a insisté vendredi Emmanuel Macron.

Liste blanche

Au risque, en durcissant le ton dans ce paysage sanitaire mouvant, d’être à contretemps de ces partenaires. Car dans le même temps, le Royaume-Uni, lui, envisage de lever la quarantaine qu’il imposait à ses résidents de retour de nombreux pays européens, une décision qui pourrait se concrétiser dans les prochaines semaines. De même, l’Europe vient d’ajouter, la semaine dernière, les Etats-Unis à la liste blanche des pays dont les touristes sont les bienvenus. Or le variant Delta y est désormais responsable de 35 % des infections recensées, contre 10 % début juin.

Pour aller plus loin : COVID-19  

Attentisme et cacophonie

Dans ce contexte, un certain attentisme domine encore sur le continent. La Suède, par exemple, malgré une hausse des cas de variant Delta, n’a pas resserré son régime d’entrée dans le pays, le nombre global d’infections s’y inscrivant toujours à la baisse. Le Danemark ne remet pas en cause non plus, à ce stade, sa politique, en place depuis samedi, de ne plus exiger de tests auprès de voyageurs arrivant d’un autre Etat européen.

Reste à savoir combien de temps ce statu quo pourra perdurer. Alors que seul un adulte européen sur trois est aujourd’hui pleinement vacciné, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a estimé, jeudi, que le variant devrait représenter 70 % des nouvelles infections dans l’UE d’ici à début août, puis 90 % d’ici à la fin août. Et personne ne doute à Bruxelles qu’en dépit du passeport sanitaire instauré et des promesses d’une meilleure coordination, beaucoup d’Etats n’hésiteront pas à refermer leurs frontières ou renforcer les contrôles, y compris aux Européens, s’ils jugent cela nécessaire. Nouveau variant, nouvelle cacophonie.

L’ombre du variant Delta plane sur la Belgique

Alors que cet été 2021 est synonyme de levée de certaines mesures sanitaires contre le coronavirus, et donc de liberté retrouvée, l’ombre du variant Delta se fait de plus en plus présente sur notre pays, et sur toute l’Europe.

Tous les experts sont unanimes : ce variant, anciennement appelé indien, deviendra le variant dominant dans notre pays, et de nombreux pays, et remplacera le variant alpha : avec le risque potentiel d’une nouvelle vague de contaminations, voire d’hospitalisations, selon le taux de vaccination des populations, et le maintien des règles sanitaires tant qu’une grande majorité de la population n’est pas complètement vaccinée.

Delta, le « super-variant » de SARS-CoV-2

L’apparition de variants, par mutations de certaines parties du génome du virus, est un processus évolutif naturel. Les capacités de ces variants à devenir dominant seront déterminées par le ou les avantage(s) évolutifs qui lui confèrent leurs mutations, par rapport aux autres variants. Dans le cas du SARS-CoV-2, ce sont les variants les plus contagieux qui se sont révélés les plus aptes à devenir dominant : en automne passé, le variant anglais (aujourd’hui nommé Alpha) est devenu en quelques mois le principal responsable des infections en Europe. D’ici la fin de l’été, il sera probablement remplacé par Delta.

Selon les données récoltées par l’ECDC, dans son rapport d’estimation des risques liés au développement du variant Delta en Europe, Delta est entre 40 à 60% plus contagieux qu’Alpha, qui lui-même était aussi jusqu’à 60% plus contagieux que la souche d’origine. Ses capacités à se répandre dans la population (sans mesures sanitaires) sont deux fois plus élevées que pour le virus originel. Ce qui a une conséquence directe sur la vaccination : afin d’obtenir une immunité collective, les experts estiment qu’il faudrait obtenir une couverture vaccinale de 90% si le variant Delta est dominant, alors qu’une couverture de 70% était estimée avant que les variants n’entrent dans la danse.

L’ECDC estime, sur base de différents modèles, que 70% des nouvelles infections en Europe pourraient être dues au Delta d’ici début août, un chiffre qui grimperait à 90% fin août. Mais le conditionnel est ici important : la couverture vaccinale joue en effet un rôle dans l’évolution de la propagation du virus.

Plusieurs pays constatent en effet une augmentation des cas liés au variant Delta : le Portugal a annoncé ce 26 juin qu’il était devenu dominant dans le pays, et subit un rebond des contaminations. En Russie, et tout particulièrement Saint-Pétersbourg, le nombre de cas a fortement augmenté, les autorités suspectant de « nouveaux variants » d’aggraver la situation.

En Afrique du Sud, plusieurs experts ont affirmé que le variant Delta était responsable de la forte hausse des contaminations. L’Australie, un des premiers pays à avoir levé ses restrictions contre le covid, a replacé Sydney en confinement pendant deux semaines pour contenir la progression de Delta.

En Israël, le port du masque dans les lieux publics a été rétabli, et la réouverture du pays aux touristes a été reportée suite à une reprise de l’épidémie malgré un taux de vaccination élevé, même dans les populations jeunes.

Delta progresse malgré la vaccination ?

Depuis le début des campagnes de vaccination, c’est le grand point d’interrogation : à quel point les vaccins nous permettront de nous protéger contre des nouveaux variants du coronavirus ? Force est de constater qu’en l’état actuel des choses, le taux de couverture vaccinal, même des pays les plus avancés en la matière, n’est pas suffisant pour contenir le développement d’un variant aussi contagieux que le Delta. Mais heureusement, les vaccins ont bel et bien un effet sur les cas sévères et décès du coronavirus.

Le Royaume-Uni, un des pays qui a le meilleur suivi moléculaire du SARS-CoV-2, fait office de point de référence pour les pays ayant pu mettre en place une campagne de vaccination et qui craignent l’arrivée du variant Delta. Malgré une très bonne couverture vaccinale, Delta a mis peu de temps pour devenir largement dominant outre-Manche : détecté pour la première fois en février, il a passé la barre de 50% des contaminations en mai, alors que plus de 60% de la population avait déjà reçu sa première dose, et un peu moins de 30% étaient complètement vaccinés. Il est aujourd’hui quasi omniprésent.

John CASTEL

John CASTEL

Il est étudiant en journaliste dans une école parisienne. John est spécialisé dans les informations relatives au numérique et la High-Tech. Théo permet d’apporter une information au plus près de nos lecteurs.
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