Le vote non contraignant intervient alors que le parti conservateur cherche une nouvelle direction après la fin de l’ère Merkel.

Les membres de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Allemagne ont élu Friedrich Merz, un fidèle de la droite, comme leur nouveau leader désigné, alors que le parti conservateur cherche une nouvelle direction dans l’opposition après le départ d’Angela Merkel.

Un remplaçant pour Merkel

M. Merz, qui était arrivé à deux reprises derrière des candidats centristes lors de précédentes courses à la direction, a remporté une majorité surprise lors du scrutin, battant l’ancien chef de cabinet de Mme Merkel, Helge Braun, et le spécialiste de la politique étrangère, Norbert Röttgen, avec 62 % des voix, éliminant ainsi la nécessité d’un second tour de scrutin.

Ce vote intervient alors que le mastodonte de la politique allemande, à la dérive, cherche à se réinventer après avoir enregistré le pire résultat de son histoire aux élections fédérales de septembre, au cours desquelles le social-démocrate Olaf Scholz a été élu à la succession de Mme Merkel dans le cadre d’un accord de partage du pouvoir avec les Verts et le Parti démocratique libre (FDP).

Pour la première fois de son histoire, la CDU a décidé de laisser ses 400 000 membres s’exprimer sur sa future direction. 248 360 d’entre eux ont participé au vote par correspondance et par voie numérique.

Le vote des membres du parti n’est pas contraignant et devra être confirmé par les délégués de la CDU lors d’un sommet du parti prévu les 21 et 22 janvier.

L’une des questions centrales de l’ère post-Merkel sera de savoir comment la CDU cherche une réponse à la force persistante de l’Alternative für Deutschland (AfD), un parti d’extrême droite, dans les États de l’ancien Est socialiste qui étaient autrefois fermement aux mains du centre-droit.

M. Merz a déjà promis qu’un réalignement conservateur de son parti permettrait de regagner les électeurs qui se sont tournés vers l’AfD, plutôt que de renforcer le parti de droite.

Ses deux concurrents sur le bulletin de vote sont tous deux issus de l’aile libérale du parti conservateur et ont promis de poursuivre le parcours centriste de Mme Merkel sur la scène nationale.

Helge Braun, un médecin de 49 ans qui a obtenu 12 % des voix, a été chef de cabinet et ministre des affaires spéciales de Mme Merkel au cours de son dernier mandat et a joué un rôle de premier plan dans la coordination des mesures de lutte contre la pandémie.

Des prétendants CDU

Norbert Röttgen, 56 ans, arrivé deuxième avec 25,8 % des voix, est un ancien ministre de l’environnement qui a été renvoyé du cabinet de Mme Merkel en 2012 après avoir échoué dans sa course au poste de premier ministre de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Il a ensuite redoré son blason en tant que président de la commission des affaires étrangères du Bundestag, dans laquelle il a appelé le gouvernement à adopter une position plus conflictuelle dans ses relations avec la Russie et la Chine.

Röttgen, qui a perdu la course à la direction de la CDU face au leader sortant Armin Laschet au début de l’année, s’était présenté comme le candidat de la modernisation, affirmant que le parti conservateur devait rajeunir son image pour rester pertinent. Lui et Braun avaient tous deux promis de choisir une femme comme prochain secrétaire général du parti.

Pour Merz, il s’agissait de la troisième tentative de prise de contrôle du parti politique qui gouverne l’Allemagne depuis plus longtemps que tout autre. Favori des membres vieillissants de la CDU, il s’est essoufflé deux fois au second tour, contre Annegret Kramp-Karrenbauer en 2018 et contre Laschet en janvier de cette année.

Après s’être présenté comme le candidat « anti-Merkel » en promettant de restreindre les règles d’immigration en Allemagne – suggérant même une fois de supprimer la garantie constitutionnelle de l’asile – Merz a essayé d’adopter un ton plus consensuel lors de sa troisième tentative.

Lors d’un débat précédant le vote des adhérents, M. Merz a promis que, sous sa direction, la CDU s’adresserait à la fois aux Wählerinnen et aux Wählern, c’est-à-dire aux électeurs féminins et masculins, et a même fait preuve d’une ouverture réticente à l’égard d’un quota de postes occupés par des femmes au sein du parti.