Libye: le plan pour l’élection présidentielle du 24 décembre est sur le point de s’effondrer

Libye: le plan pour l’élection présidentielle du 24 décembre est sur le point de s’effondrer

L’ambassadeur américain dit que le retard mettrait le pays à la merci de ceux qui préfèrent le « pouvoir des balles au pouvoir des bulletins de vote »

Les chances de voir la Libye organiser ses premières élections présidentielles à la date prévue de longue date du 24 décembre semblaient sur le point de s’effondrer dimanche après que l’organe chargé de superviser le vote a déclaré qu’il n’était pas en mesure d’annoncer les candidats approuvés en raison de doutes juridiques persistants.

Des élections sous tensions

À moins de quinze jours des élections et pratiquement pas de temps pour faire campagne, un report porterait un coup dur aux espoirs de la communauté internationale de réunifier ce pays profondément divisé.

Les puissances étrangères craignent également que l’élan général vers la démocratie ne se dissipe. À court terme, ils devront convenir si le gouvernement intérimaire continue ou non afin de combler le vide politique et d’empêcher un retour à la guerre civile.

Une série de décisions de justice ont annulé les décisions de la commission électorale libyenne d’empêcher des personnalités de premier plan, dont le chef de guerre Khalifa Haftar, le chef de l’Armée nationale libyenne autoproclamée et fils de l’ancien dictateur, Saif al-Islam Kadhafi, et le premier ministre par intérim, Abdul Hamid Dbeibah, de se présenter à la présidence.

Il a déclaré dans un communiqué samedi qu’il ne pouvait pas annoncer les noms des candidats approuvés parmi les près de 100 qui ont postulé car il était “désireux d’épuiser tous les moyens de litige pour s’assurer que ses décisions sont conformes aux jugements rendus”.

Des factions rivales se sont accusées d’intimider ou de corrompre des fonctionnaires judiciaires pour obtenir leur réintégration de leurs candidats, et la commission cherche à voir si les décisions étaient valides.

Dans le cas de Dbeibah, il s’était engagé comme condition pour devenir premier ministre par intérim à ne pas se présenter aux élections, mais a depuis soutenu devant le tribunal qu’il s’agissait d’un engagement moral sans force juridique. Saif Kadhafi a été condamné par contumace en 2015 pour crimes de guerre pour son rôle dans la lutte contre la révolution qui a renversé son père, Mouammar Kadhafi. Il nie tout acte répréhensible.

Des combattants étrangers présents

La présence de dizaines de milliers de combattants étrangers, de mercenaires et de milices indigènes fait du pays une terre d’ombre, et on craint qu’une élection menée avec des candidats contestés ne conduise qu’à un résultat qui n’a pas été reconnu. Signe des tensions sur les forces étrangères, la France presse l’UE d’accepter lundi d’imposer des sanctions à l’entrepreneur militaire privé russe Wagner Group, qui opère selon elle en Libye et au Sahel. Moscou nie que Wagner soit lié à l’État russe et a déclaré qu’il riposterait aux sanctions de l’UE imposées à ses citoyens.

La capacité de la communauté internationale à demander à la classe politique libyenne de respecter la date des élections du 24 décembre, qui avait été fixée pour la première fois en février, a été entravée par la nomination d’un envoyé spécial des Nations Unies, Ján Kubiš, qui a démissionné trois semaines avant les élections après moins d’un an en poste.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a depuis nommé Stephanie Williams, une ancienne envoyée spéciale adjointe de l’ONU, pour agir en tant que conseillère spéciale. La Russie a opposé son veto à sa nomination en tant qu’émissaire à part entière, mais elle a une connaissance approfondie de la Libye et a affiché l’année dernière une volonté d’affronter ceux de la classe politique opposés aux élections.

La mission des Nations Unies a publié une déclaration exhortant toutes les parties à ne pas revenir sur les gains réalisés, soulignant l’enregistrement de près de 3 millions d’électeurs, la distribution réussie des cartes d’électeur et les candidatures d’un grand nombre de candidats à la présidence et au parlement comme signes d’un profond soutien populaire aux élections.

L’ambassadeur des États-Unis en Libye, Richard Norland, a déclaré que “refuser d’aller aux élections et se mobiliser pour faire obstruction ne fera que mettre le sort et l’avenir du pays à la merci de ceux à l’intérieur de la Libye et de leurs bailleurs de fonds extérieurs qui préfèrent le pouvoir des balles au pouvoir des bulletins de vote”.

Boris NAULLEAU

Boris NAULLEAU

Il est un ancien journaliste de presse nationale. Il est spécialisé dans les articles d’actualités locales. Boris NAULLEAU est un expert des questions relatives aux collectivités.
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