L’OMS durcit ses critères sur la qualité de l’air

L’OMS durcit ses critères sur la qualité de l’air

L’Organisation mondiale de la santé vise particulièrement les particules en suspension, qui font sept millions de morts prématurés chaque année, en particulier dans les pays pauvres

L’Organisation mondiale de la santé a fixé mercredi des limites plus contraignantes pour les principaux polluants de l’air, dont les particules en suspension, qui font sept millions de morts prématurés chaque année, en particulier dans les pays pauvres.

C’est la première fois que l’OMS met à jour ses lignes directrices mondiales sur la qualité de l’air depuis 2005. La quantité de données montrant que la pollution atmosphérique a une incidence sur différents aspects de la santé a sensiblement augmenté depuis cette date. C’est pourquoi, l’OMS a abaissé la quasi-totalité ses seuils de référence qui portent principalement sur les polluants dits classiques : les particules en suspension, l’ozone, le dioxyde d’azote, le dioxyde de soufre et le monoxyde de carbone.

Particules fines, ozone et oxydes d’azote… Malgré de légères améliorations, les polluants continuent à empoisonner l’air européen souvent au-delà des limites, a averti l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), mardi 21 septembre 2021. « Les dépassements des normes sont encore fréquents dans l’UE », constate l’AEE dans son rapport basé sur des données définitives pour 2019 et préliminaires pour 2020, année durant laquelle les confinements ont eu des effets positifs sur la qualité de l’air.

La pollution la plus fréquente au-delà des normes européennes concerne l’ozone, avec des seuils annuels franchis dans 24 pays européens, dont 19 membres de l’UE sur les 35 analysés. En prenant les normes de l’OMS, tous les pays d’Europe sont au-delà des limites annuelles pour ce polluant. Les concentrations les plus importantes se trouvent dans le sud de l’Europe pendant le printemps et l’été, une période où les conditions météo favorisent la formation d’ozone.

Le dioxyde d’azote (NO2), souvent lié aux moteurs diesel et aux centrales thermiques, est au-delà des limites annuelles dans 22 pays européens, dont 18 de l’UE. Pour les particules fines, 21 pays européens (dont 16 de l’UE) sont au-delà des normes en ce qui concerne les particules de taille PM10. Sept sont au-delà pour les particules PM2,5, dont quatre pays de l’UE. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont les seuils limites en place depuis 2005 sont déjà plus stricts que ceux de l’Union européenne, doit présenter mercredi de nouvelles normes renforcées de qualité de l’air.

La pollution de l’air, l’une des principales menaces environnementales

«La pollution de l’air est une menace pour la santé dans tous les pays, mais elle frappe surtout les populations des pays à revenu faible ou intermédiaire», a souligné le Dr Tedros, alors que les pays défavorisés sont confrontés à des niveaux croissants de pollution atmosphérique, dopée par une urbanisation à grande échelle et un développement économique qui repose surtout sur l’utilisation de combustibles fossiles.

Pour le Dr Hans Henri Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, «l’air pur devrait être un droit humain fondamental et une condition nécessaire à la santé et à la productivité des sociétés». «Toutefois, bien que la qualité de l’air se soit quelque peu améliorée au cours des trois dernières décennies, des millions de personnes continuent de mourir prématurément, souvent dans les populations les plus vulnérables et marginalisées», a-t-il relevé dans le communiqué. Avec le changement climatique, la pollution de l’air est, selon l’OMS l’une des principales menaces environnementales pour la santé.

90 % de la population concernée

En termes de charge de morbidité, la pollution atmosphérique est donc comparable selon l’OMS à d’autres facteurs de risques importants pour la santé, tels que la mauvaise alimentation et le tabagisme.

Malgré tout, en 2019, plus de 90 % de la population mondiale vivait dans des régions où les concentrations dépassaient les seuils de référence fixés par l’OMS en 2005 concernant l’exposition prolongée aux particules fines PM2,5 (diamètre est inférieur à 2,5 micromètres). L’OMS a d’ailleurs réduit de moitié leur seuil de référence. En 2019, c’est dans la région de l’Asie du Sud-Est et dans la région de la Méditerranée orientale que les concentrations annuelles de PM2,5 pondérées en fonction du nombre d’habitants étaient les plus élevées.

Ces particules peuvent pénétrer profondément dans les poumons (tout comme les PM10), mais aussi dans la circulation sanguine. Les particules fines proviennent essentiellement de la combustion de carburant dans différents secteurs, notamment les transports, l’énergie et l’industrie et l’agriculture.

Dans les lieux clos, l’utilisation de combustibles solides et de kérosène dans les poêles et les fourneaux non ventilés, la combustion du tabac et la combustion à d’autres fins, sont d’autres facteurs importants de pollution atmosphérique.

L’Islande, seul pays sous le nouveau seuil

Le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus « exhorte tous les pays et tous ceux qui luttent pour protéger notre environnement à utiliser [les nouvelles lignes directrices] pour sauver des vies ». Une gageure. Aujourd’hui, plus de 90 % de la population mondiale vit dans des zones où les concentrations de PM 2,5 dépassent le seuil de référence de 10 µg/m³ fixé en 2005.

Un seul pays, l’Islande (4,7 µg/m³ en moyenne annuelle, selon les dernières données de l’Agence européenne de l’environnement), affiche un indice conforme au nouveau seuil de 5 µg/m³. Avec 10,6 µg/m³, la France en est loin. Mais la marche est encore plus haute pour nombre de pays. En Inde, la concentration moyenne en particules fines dépasse 70 µg/m³, soit quatorze fois la nouvelle recommandation de l’OMS.

Aussi, pour permettre aux régions du monde les plus touchées de rattraper leur retard, l’institution propose des objectifs intermédiaires : 35, 25, 15, 10 µg/m³ . Pas de calendrier, pas de cadre juridique contraignant non plus. Les lignes directrices de l’OMS sont « un outil fondé sur des données factuelles permettant aux décideurs d’orienter leur législation et leurs politiques au niveau international, national ou local ».

La Commission européenne doit se réunir jeudi 23 septembre pour examiner les nouvelles recommandations de l’institution onusienne. En mai, le Parlement européen a demandé d’aligner les normes continentales sur celles de l’OMS et de dépoussiérer les directives sur la qualité de l’air, qui datent de 2004 et de 2008. Pour les PM 2,5, la limite européenne est ainsi aujourd’hui de 25 µg/m3, cinq fois plus que la nouvelle. Et l’Union européenne (UE) n’a toujours pas adopté de limite quotidienne, quand l’OMS abaisse la sienne de 25 µg à 15 µg/m3.

Boris NAULLEAU

Boris NAULLEAU

Il est un ancien journaliste de presse nationale. Il est spécialisé dans les articles d’actualités locales. Boris NAULLEAU est un expert des questions relatives aux collectivités.
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