Naissance de 2 bébé panda au zoo de Beauval

Naissance de 2 bébé panda au zoo de Beauval

Les jumelles sont nées: Huan Huan, la femelle panda prêtée par la Chine au ZooParc de Beauval (Loir-et-Cher), a donné naissance à deux petits en pleine santé dans la nuit de dimanche à lundi.

Les deux petits plantigrades viennent enrichir la famille panda de Beauval, déjà forte de leur père Yuan Zi et de leur grand frère Yuan Meng, né le 4 août 2017.

“Les deux ‘bébés’ sont roses. Les deux sont en parfaite santé. (…) Ils sont magnifiques”, a réagi le président du ZooParc, Rodolphe Delord, depuis le centre de contrôle du Centre de reproduction et de sauvegarde des pandas de Beauval.

“Les dix premiers jours sont la période sensible, mais les deux ‘bébés’, deux ‘petites filles’ a priori, sont solides et Huan Huan a un bien meilleur comportement. Elle a les gestes d’une bonne ‘maman’. C’est une chouette naissance”, a apprécié le chef vétérinaire du zoo Baptiste Mulot, qui ne pourra déterminer avec certitude le sexe des petits pandas avant quelques jours.

Huan Huan a d’abord donné des premiers signes d’agitation dimanche vers 17h30. Alternant activité et sommeil, elle a finalement perdu les eaux à 00h30 avant de mettre bas ses petits à 01h03. Immédiatement, ils se sont montrés vifs et ont poussé des cris aigus.

Garde alternée

Les soigneurs vont maintenant devoir gérer la santé de Huan Huan et procéder à des rotations régulières des bébés auprès de leur mère.

“Ils vont être mis en couveuse et ils vont aller téter leur mère en alternance. Ils vont être surveillés 24 heures sur 24 avant que le public ne puisse les voir dans quelques semaines”, a précisé M. Delord.

Fin mars, les deux pandas géants, Huan Huan et Yuan Zi, l’une des principales attractions de Beauval, avaient tenté de s’accoupler. Une insémination artificielle avait également été réalisée par précaution, la femelle n’étant féconde que 24 à 48 heures par an.

C’est grâce à cette technique que Huan Huan avait donné naissance à ses premiers jumeaux, dont un seul s’était avéré viable. Désormais âgé de 4 ans, le premier panda né en France pèse désormais plus de cent kilos.

Depuis 2016, les pandas géants ne sont plus “en danger” d’extinction sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Mais l’espèce reste toutefois “vulnérable”, alors que 500 pandas vivent en captivité et 2.000 à l’état sauvage en Chine.

Les deux nouveaux-nés du Loir-et-Cher n’auront des noms définitifs que dans 100 jours. Selon la tradition, ils seront choisis par la Première Dame chinoise. Comme un signe que la naissance s’inscrit dans le cadre de la “diplomatie du panda”.

La Chine, qui a prêté Yuan Zi et Huan Huan pour dix ans à la France en 2012, utilise en effet ses sympathiques ours bicolores comme symboles de ses amitiés diplomatiques.

« Une espèce rare »

Si les naissances sont largement médiatisées, c’est notamment car elles sont rares. Encore plus en France. En effet, le zoo de Beauval est le seul du pays à compter des pandas dans ses rangs. Jérôme Pouille est un spécialiste de l’animal. Il tient aujourd’hui un site sur l’actualité des pandas, joint par téléphone, il explique. « La rareté de cet animal créé une attirance spécifique. Dans d’autres zoos, on peut voir des naissances d’autres animaux emblématiques en captivité, de lions par exemple ! Mais pas de pandas… »

Par ailleurs, le panda est régulièrement utilisé comme emblème des animaux en voie de disparition. La naissance est donc une bonne nouvelle. Longtemps braconné, l’animal est devenu un emblème de la Chine mais aussi celui de la lutte pour la protection de la nature. Il est notamment présent sur le logo du WWF (Fonds mondial pour l’environnement).

Un animal attendrissant… de loin

À les observer, les pandas paraissent mignons. Et ce n’est pas Jérôme Pouille qui vous dira le contraire. « Le panda a des caractéristiques spécifiques qui créent presque instantanément de l’affection pour nos yeux d’humains, explique-t-il. Ça s’explique par son aspect un peu rond et un peu pataud. Et si on les observe, on se rend compte rapidement qu’il a des postures, des comportements qui peuvent faire penser à l’être humain. »

Une identification de l’humain au panda qui créerait donc un sentiment de tendresse vis-à-vis de l’animal. Les tâches au niveau des yeux et des oreilles n’y sont pas étrangères non plus. « Ça rend le visage expressif », ajoute Jérôme Pouille.

Pourtant, le panda reste un animal « sauvage », loin de cette supposée tendresse. « Il peut être dangereux, ça reste un ours, rappelle le spécialiste. Il a une musculature puissante, et des dents impressionnantes ! ».

Une véritable « pandamania »

Télévision, radio, presse écrite, réseaux sociaux, les pandas de Beauval sont partout ces derniers jours.

Pour Jérôme Pouille, l’engouement « presque démesuré » suscité par les naissances du zoo n’a cependant rien de surprenant. « On parle souvent de pandamania, reprend-il. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Le terme avait été utilisé par des journalistes américains lorsque les premiers pandas ont été offerts aux nations étrangères dans les années 60-70. »

Un focus sur l’espèce qui se poursuit à chaque nouvel événement, qu’il s’agisse d’une naissance ou d’un transfert dans un zoo.

De 40.000 à 1,6 millions de visiteurs

Au-delà de la préservation de l’espèce, le panda est une arme diplomatique bien connue, utilisée notamment par la Chine maoïste pour attendrir les relations avec les pays en froid. Les pandas du zoo de Washington sont ainsi arrivés aux Etats-Unis en 1972, juste après la visite historique de Richard Nixon en Chine communiste.

La population de panda se réduisant au fur et à mesure des cadeaux honorifiques, la Chine est passé à un système de prêts pour dix ans. En réalité, un panda se monnaye cher. Hors Chine, seule une vingtaine de pays ont la chance d’accueillir ces plantigrades.

Pour Beauval, c’est la consécration. “Nous sommes passés en 40 ans de 40.000 visiteurs à 1,6 million de visiteurs. De 3 salariés à 900”, se félicitait sur BFM Business, début 2020, le patron Rodolphe Delord. Créé comme un modeste parc ornithologique par sa mère en 1980, le zoo s’est agrandi et accueille depuis toujours plus d’animaux.

Coût faramineux

Les pandas, c’est une autre paire de manche. L’opacité règne généralement sur les contrats avec Pékin. Au-delà des tractations politiques débutées en 2006, c’est un investissement conséquent pour le zoo, supervisé de près par l’Association chinoise des jardins zoologiques, notamment pour l’aménagement des cages. Les investissements se comptent en millions d’euros, sans compter les campagnes de marketing pour attirer les foules.

Quant à la “location” des pandas, elle coûte environ 800.000 euros par an. A cela, il faut ajouter les frais de nourriture de plusieurs dizaines de milliers d’euros chaque année. Bien que carnivore, le panda mange principalement du bambou, pauvre en nutriments. L’animal doit donc en manger… beaucoup. 60.000 euros de bambous par an. Pour un zoo, le panda est de loin l’animal le plus cher à entretenir. 

Des sommes folles que certains zoos ont eu du mal à digérer. En Australie, le zoo d’Adélaïde s’est criblé de dettes pour accueillir ses pandas tandis que certains zoos américains ont longtemps tiré la langue face aux exigences financières et au manque de rentabilité. Au zoo d’Edimbourg, il est même question de renvoyer les pandas en Chine l’année prochaine après une année financière difficile liée à la crise du Covid-19.

Boris NAULLEAU

Il est un ancien journaliste de presse nationale. Il est spécialisé dans les articles d’actualités locales. Boris NAULLEAU est un expert des questions relatives aux collectivités.