Nantes, le réaménagement de l’aéroport contesté

Nantes, le réaménagement de l’aéroport contesté

« Une fois encore, on est mis devant le fait accompli. » ​Le cri de colère est signé Bertrand Affilé, maire PS de Saint-Herblain et vice-président de Nantes Métropole. Il vise le dossier de réaménagement de l’aéroport de Nantes Atlantique tel que dévoilé lundi, comme « un direct dans la figure »​, par la Direction générale de l’aviation civile. « Le timing des annonces de l’État est toujours très serré »​, tempête l’élu. »Tout est mené au pas de charge, en laissant les communes et les collectivités de côté. Il n’y a pas de co-construction, aucune concertation avec la DGAC. Et on n’arrive jamais à obtenir d’explications sur les estimations qui sont présentées »​.

Bertrand Affilé ne mâche pas ses mots, accuse la DGAC de se murer « dans une posture de sachant »​. « Que les représentants de la DGAC prennent des élus pour des truffes, c’est désolant, mais je peux ravaler mon orgueil »​, tonne-t-il. « Seulement, il faudrait qu’ils se rendent compte qu’on a des agents compétents dans nos services, capables de produire des analyses et de vérifier leurs données s’ils veulent bien nous les transmettre. »

Les perspectives d’évolution du trafic

Selon la DGAC, le nombre de mouvements d’avions est revu à la baisse par rapport à l’hypothèse de 2019, en raison notamment de la fermeture de la ligne Orly-Nantes et de la réorganisation de l’offre d’Air France. Les vols de la compagnie Hop vont être remplacés par Transavia, avec de plus gros avions.

La DGAC table aujourd’hui sur une hypothèse de 77 300 mouvements annuels (-13%) et  10,7 millions de passagers annuels (-6%) à l’horizon 2040.

Le coût du projet de réaménagement de l’aéroport était estimé en 2019 à 450 millions d’euros. Le coût réel du projet sera connu à l’issu d’un appel d’offre de la DGAC pour choisir le nouveau concessionnaire, en charge des travaux et de l’exploitation de l’aéroport.

Ces nouvelles mesures sont prises 3 ans et demi après l’abandon du projet de trasfert de l’aéroport vers Notre-Dame-des-Landes. Le 17 janvier 2018, le Premier ministre Édouard Philippe avait annoncé l’abandon définitif du projet d’aéroport du Grand Ouest.

Impact environnemental jugé « faible »

Pour « maîtriser le bruit », l’Etat promet aussi « une amélioration des trajectoires des avions », ainsi que leur panachage, dès 2023, en optant pour « un scénario dit double approche ». Les seuils d’atterrissage, au nord comme au sud, vont également être décalés de plusieurs centaines de mètres en vue d’augmenter les attitudes de survol des avions. Un couvre-feu, bannissant les atterrissages et décollages entre minuit et 6 heures du matin – hors cas d’urgence et retour d’avions basés à Nantes – va enfin entrer en vigueur en mai 2022.

Grâce à ces différentes mesures, « 26 000 habitants de la métropole vont sortir de la zone de bruit, soit une baisse de 35 % », affirme Yoann La Corte. Et ce même si la population de la métropole nantaise verra passer au-dessus de sa tête « 55 % des vols, contre 40 % aujourd’hui ». La commune de Saint-Aignan ne sera plus « que » survolée par 45 % du trafic, contre 60 % aujourd’hui.

« L’allongement de la piste n’entraînera pas une dégradation de la situation de Saint-Aignan », soutient encore M. La Corte. L’impact environnemental du projet est qualifié de « faible » par la DGAC. Six exploitations agricoles vont tout de même être touchées. Ainsi que des logements. Des expropriations ne sont pas à exclure. « Avec ce réaménagement, la commune de Saint-Aignan se retrouve sacrifiée, tonne Frédéric Chauchet, élu municipal en charge du suivi du dossier aéroport. Tout le développement du bourg va être bloqué. Et je ne vois pas comment on pourra maintenir les deux écoles existantes où elles sont, avec le bruit des avions. »

La piste sera bien allongée de 400 m au sud

C’était l’une des principales décisions issues de la concertation publique menée de mai à juillet 2019 : la piste aéroportuaire devait être allongée de 400 m au sud afin de permettre aux avions atterrissant par le nord de survoler Nantes plus haut dans le ciel et donc de diminuer un peu le bruit au sol. Puis des rumeurs avaient évoqué un possible renoncement de l’État. Il n’en sera rien. L’allongement est bien « à l’ordre du jour » assure le préfet Didier Martin.

« C’est un impératif », insiste Yoann La Corte, chef de projet pour la direction générale de l’aviation civile (DGAC). « L’allongement n’aura aucun impact significatif sur Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, ni sur le lac. Il ne permettra pas non plus d’accueillir de plus gros avions », promet-il.

L’extension de 400 m obligera tout de même à procéder à six expropriations de terrains agricoles. Il faudra attendre mi-2023 pour qu’elle soit opérationnelle.

Une nouvelle trajectoire au-dessus du centre-ville

Un système de guidage, nommé ILS, sera mis en place à partir de 2023 pour les atterrissages s’effectuant par le nord (au-dessus de Nantes) afin de faciliter et sécuriser le travail des pilotes. Sa mise en service déclenchera une nouvelle trajectoire de descente, un peu plus pentue et, surtout, directe, c’est-à-dire qu’elle suivra grosso modo l’Erdre puis passera au-dessus de la Tour Bretagne.

Mais plutôt que de choisir d’abandonner l’approche actuelle désaxée (les avions longent la Loire puis effectuent un virage à hauteur de l’île de Nantes) jugée légèrement moins sûre, l’État a décidé qu’il y aurait à l’avenir deux trajectoires possibles par le nord : la nouvelle « lorsque les conditions météo sont mauvaises », l’actuelle « par beau temps ».

Les survols à basse altitude de la ville de Nantes seront donc étalés sur deux zones au lieu d’une. Des Nantais qui ne voyaient pas les avions les observeront et les entendront au-dessus de chez eux. D’autres, habitués au ballet aérien, les subiront un petit peu moins. Sachant que les atterrissages par le nord sont appelés à devenir majoritaires (leur proportion n’est que de 40 % aujourd’hui) une fois l’ILS en place.

« Un nouveau Goussainville »

« Soixante ans après, on va faire un nouveau Goussainville [commune située près de Roissy, dont les habitants ont déserté le village d’origine] », abonde Joël Sauvaget, président du Collectif des citoyens exposés au trafic aérien, qui dénonce « une grande mascarade ».

Du fait de l’allongement de la piste, le lac de Grand-Lieu, classé réserve naturelle nationale, va être « survolé de manière plus importante », s’inquiète encore M. Chauchet. « La loi sur l’eau doit jouer en notre faveur, relève M. Sauvaget. On est prêt à attaquer au tribunal la future déclaration d’utilité publique du projet de réaménagement de l’aéroport. » « On ne se laissera pas faire, le projet sera contesté », promet aussi M. Chauchet.

« Solidaire » de Saint-Aignan-de-Grandlieu, Sandra Impériale, maire de Bouguenais (20 000 habitants), estime que « des efforts ont été faits pour améliorer la qualité de vie des citoyens » mais juge ces progrès « encore insuffisants ».

« Une fois encore, on est mis devant le fait accompli », fulmine Bertrand Affilé, maire PS de Saint-Herblain (46 000 habitants) et vice-président de Nantes Métropole, qui déplore : « Le timing des annonces de l’Etat est toujours très serré. Tout est mené au pas de charge, en laissant les communes et les collectivités de côté. Il n’y a pas de co-construction, aucune concertation avec la DGAC. Et on n’arrive jamais à obtenir d’explications sur les estimations qui sont présentées ».

Boris NAULLEAU

Boris NAULLEAU

Il est un ancien journaliste de presse nationale. Il est spécialisé dans les articles d’actualités locales. Boris NAULLEAU est un expert des questions relatives aux collectivités.