Pandora Papers, nouvelle affaire de paradis fiscal

Pandora Papers, nouvelle affaire de paradis fiscal

“Je suis résident fiscal marocain depuis 2013 et (…) j’y paye mes impôts à hauteur de 23,8 % de mes bénéfices, soit 812.000 euros pour les années 2018, 2019 et 2020”, s’est défendu DSK sur Twitter s’agaçant que “la méchanceté devient mensonge”. “Vos équipes de professionnels auraient pu vérifier que je suis résident fiscal marocain”, écrit-il à l’attention de l’émission “Cash Investigation”.

Assurance-vie contre les aléas politiques

Parmi les dizaines de milliers de propriétaires de sociétés révélés par les « Pandora Papers », dont 600 Français, figurent un nombre sans précédent de responsables politiques de haut niveau, aux quatre coins du monde : l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, l’ancien directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, le président kenyan Uhuru Kenyatta, le premier ministre libanais Najib Mikati, le roi de Jordanie Abdallah II, le premier ministre tchèque Andrej Babis, le président équatorien Guillermo Lasso, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président gabonais Ali Bongo, le premier ministre ivoirien Patrick Achi, le président congolais Denis Sassou-Nguesso… A leurs côtés, une poignée d’hommes politiques français, souvent murés dans le silence au moment d’expliquer la raison d’être de leurs sociétés offshore. Au total, l’ICIJ a dénombré dans le leak plus de 300 responsables publics du monde entier.

Cet inventaire vertigineux bouscule notre compréhension de la nature profonde de ces territoires qu’on appelle « paradis fiscaux ». De fait, l’intérêt pour un chef d’Etat autocrate de frauder sa propre administration fiscale peut sembler limité. Bien plus qu’une fiscalité allégée, c’est l’opacité que viennent chercher dans ces centres offshore les politiques soucieux de soustraire aux yeux du public leurs activités et leurs avoirs.

Un Gotha de l’évasion fiscale

En lien avec des sociétés offshore ayant été actives au cours des quinze dernières années ou encore opérationnelles, l es Pandora Papers incriminent, ou citent treize chefs d’Etat actuels : le roi de Jordanie, les présidents de la République dominicaine, de Chypre, d’Azerbaïdjan, du Monténégro, du Kenya, du Gabon, du Chili, de la république du Congo, d’Ukraine, ainsi que l’émir du Qatar et celui de Dubaï, ou le président russe, Vladimir Poutine, via une supposée ancienne maîtresse. Sont aussi incriminés les actuels chefs de gouvernement du Liban, Najib Mikati, de République tchèque, Andrej Babis, et de Côte d’Ivoire, Patrick Achi

Parmi les d irigeants incriminés figurent en outre trois anciens présidents du Panama, un ancien président colombien, un péruvien et une dizaine d’anciens chefs de gouvernement, dont le britannique Tony Blair, qui aurait réduit ses impôts de 400.000 dollars, et Hassan Diab, au Liban. Le gouverneur de la banque centrale du pays du Cèdre, Riad Salamé, est aussi cité.

336 responsables politiques épinglés

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a fondé son image sur la lutte contre la corruption, a selon l’ICIJ mis en place à partir de 2012 un réseau d’entreprises offshore qui a servi notamment à acheter trois propriétés cossues à Londres. Un moyen, selon l’administration présidentielle ukrainienne, de se “protéger” contre les “actions agressives” du régime de l’ex-président pro-russe Viktor Ianoukovitch.

Au total, des liens ont été établis par l’ICIJ entre des actifs offshore et 336 dirigeants et responsables politiques de premier plan qui ont créé près de 1.000 sociétés dont plus des deux tiers aux Iles Vierges britanniques.

L’enquête pointe également le “rôle majeur dans l’évasion des taxes” du cabinet d’avocats panaméen Alcogal (Aleman, Cordero, Galindo & Lee), des accusations rejetées par l’entreprise.

Le roi de Jordanie, Abdallah II

Le monarque possédait au total 36 sociétés écrans au Panama et aux îles Vierges britanniques, dont certaines ont été utilisées pour masquer l’achat d’au moins 14 maisons de luxe au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Montant total : 106 millions de dollars, de 2003 à 2017. L’objet des autres sociétés écrans reste inconnu, même si certaines hébergent des « richesses familiales » au Canada et à Singapour. Les avocats britanniques du roi ont précisé que ce dernier n’était pas tenu de payer des impôts en vertu de la loi jordanienne, et qu’il détenait des biens dans des sociétés offshore pour des raisons de sécurité et de confidentialité.

Shakira et DSK

Parmi les personnalités citées figurent la chanteuse colombienne Shakira, le mannequin allemand Claudia Schiffer ou la légende indienne du cricket Sachin Tendulkar.

Apparaissent aussi les noms de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair et de l’ancien ministre français Dominique Strauss-Kahn.

L’ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI), devenu consultant et conférencier, a fait transiter plusieurs millions de dollars d’honoraires par une société marocaine exempte d’impôts, selon l’enquête.

« Je suis résident fiscal marocain depuis 2013 et (…) j’y paye mes impôts à hauteur de 23,8 % de mes bénéfices, soit 812.000 euros pour les années 2018, 2019 et 2020 », s’est défendu DSK sur Twitter.

Dans la plupart des pays, ces faits ne sont pas susceptibles de poursuites. Mais l’ICIJ dresse un parallèle entre le discours de certains dirigeants et leurs placements dans des paradis fiscaux.

Le président kényan Uhuru Kenyatta a ainsi maintes fois affirmé sa détermination à lutter contre la corruption. Pourtant, selon les Pandora Papers, il possède une fondation au Panama et plusieurs membres de sa famille directe détiennent plus de 30 millions de dollars logés dans des comptes offshore.

Le Premier ministre tchèque, Andrej Babis

Andrej Babis est arrivé au pouvoir en 2017, en promettant de sévir contre l’évasion fiscale et la corruption. En 2009, pourtant, il a injecté 15 millions d’euros dans une série de sociétés écrans pour acheter une magnifique propriété connue sous le nom de Château Bigaud, à Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Un an plus tard, il a acquis, par le biais d’une autre société monégasque, sept propriétés à quelques mètres de son château, dont une villa de deux étages avec piscine et garage. Ces sociétés écrans et ces maisons n’apparaissent pas dans les déclarations de patrimoine que le Premier ministre tchèque est tenu de déposer en tant qu’agent public.

Le président gabonais, Ali Bongo

Ali Bongo et deux associés ont contrôlé la société écran Gazeebo Investments Ltd. dans les îles Vierges britanniques, selon les documents obtenus par l’ICIJ. Un courriel de 2008 décrivait notamment Ali Bongo, alors ministre de la Défense, comme un « fonctionnaire ». Celui-ci était également le directeur d’une autre société écran aux îles Vierges britanniques, Cresthill Worldwide Ltd., dont l’objet n’est pas davantage connu que la première. Ces deux sociétés ne sont plus actives.

Dérives généralisées

Comment un tel système, malgré la succession ininterrompue de scandales, peut-il perdurer ? D’abord en raison d’une fiction tenace, selon laquelle le système offshore est un outil neutre, qui serait simplement mal utilisé par certains, comme peuvent l’être le couteau, l’atome ou les réseaux sociaux. Dans la majorité écrasante des pays du monde, il n’est pas illégal de détenir des actifs offshore, ou d’utiliser des sociétés anonymes avec des hommes de paille. Ces instruments sont même considérés comme nécessaires, pour conduire des affaires au travers des frontières, dans une économie mondialisée où le maquis des législations et des fiscalités nationales disqualifierait toute alternative. Aujourd’hui, seuls sont punis les usages illégaux qui en sont faits, comme la fraude fiscale, la corruption ou le blanchiment d’argent.

Or, année après année, les révélations de la presse viennent confirmer le caractère généralisé des dérives de ce système. « Offshore Leaks » (2013), « China Leaks » (2014), « Panama Papers » (2016), « Bahamas Leaks » (2016), « Football Leaks » (2016), « Money Island » (2017), « Malta Files » (2017), « Paradise Papers » (2017), « Dubaï Papers » (2018), « FinCEN Files » (2020), « OpenLux » (2021), et maintenant « Pandora Papers ». Chacun de ces scandales vient révéler l’incapacité des autorités à surveiller efficacement ces territoires opaques du monde financier, qui concentrent plus de 8 700 milliards de dollars d’actifs (7 900 milliards d’euros), selon les dernières estimations de l’économiste Gabriel Zucman, remontant à 2017.

Plusieurs pays et dirigeants ont rejeté ce lundi 4 octobre les révélations d’une vaste enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) accusant plusieurs centaines de responsables politiques et leurs proches d’avoir dissimulé des avoirs dans des sociétés offshore, notamment à des fins d’évasion fiscale.

Publiée dimanche, cette enquête, à laquelle ont collaboré environ 600 journalistes, s’intitule Pandora Papers, référence à la légende de la boîte de Pandore. Elle s’appuie sur quelque 11,9 millions de documents provenant de 14 sociétés de services financiers et a mis au jour plus de 29.000 sociétés offshore.

Parmi les personnalités citées figurent la chanteuse colombienne Shakira, le mannequin allemand Claudia Schiffer ou la légende indienne du cricket Sachin Tendulkar. Apparaissent aussi les noms de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, pour l’achat d’un bien immobilier à Londres, et de l’ancien ministre français Dominique Strauss-Kahn.

L’ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI), devenu consultant et conférencier, a fait transiter plusieurs millions de dollars d’honoraires par une société marocaine exempte d’impôts, selon l’enquête.

Boris NAULLEAU

Boris NAULLEAU

Il est un ancien journaliste de presse nationale. Il est spécialisé dans les articles d’actualités locales. Boris NAULLEAU est un expert des questions relatives aux collectivités.