Pénurie de puces et de semi-conducteur, des secteurs en difficultés

Pénurie de puces et de semi-conducteur, des secteurs en difficultés

Comme vous le savez, une pénurie mondiale de semi-conducteurs touche de nombreuses industries, et ce depuis plusieurs mois maintenant. La faute évidemment à la pandémie de Covid-19, qui a sévèrement touché des pays comme la Malaisie, le Vietnam ou les Philippines. Or, ces pays regroupent à eux seuls une majeure partie de l’aval de la chaîne de production, comme les tests des semi-conducteurs, l’emballage et l’encapsulation des puces par exemple.

L’équipementier automobile Faurecia a annoncé jeudi revoir nettement à la baisse ses objectifs financiers pour 2021, le cabinet spécialisé IHS Markit ayant en effet dit s’attendre à une production automobile mondiale inférieure à ses précédentes prévisions au second semestre, en raison de la pénurie de semi-conducteurs.

Faurecia, qui avait confirmé en juillet dernier tabler pour 2021 sur 16,5 milliards d’euros de ventes et une marge opérationnelle d’environ 7%, annonce dans un communiqué qu’il vise désormais 15,5 milliards de chiffre d’affaires pour l’exercice et une marge comprise entre 6 et 6,2%.

Cette révision fait suite à l’annonce, il y a une semaine par le cabinet IHS Markit, d’une «révision majeure» de ses prévisions pour la production automobile mondiale au cours du second semestre 2021, en raison d’«un impact plus important qu’attendu de la pénurie de semi-conducteurs qui génère une forte volatilité dans les programmes de production des constructeurs automobiles», selon le communiqué.

Ainsi, IHS Markit – «notre référence pour l’industrie» met en avant Faurecia – table désormais sur 34,5 millions de véhicules sur le second semestre, contre 39,3 millions initialement, indique Faurecia. Au total, pour l’ensemble de l’année 2021, la production automobile est ainsi revue à la baisse par le cabinet à 72 millions de véhicules, contre 76,8 millions selon sa précédente prévision du mois d’août.

Toyota, Stellantis, General Motors touchés

Alors que les constructeurs espéraient un début d’amélioration au troisième trimestre, c’est tout l’inverse qui se produit. De General Motors à Stellantis, les fermetures d’usine se sont multipliées ces dernières semaines. Même Toyota, jusqu’ici épargné, est à son tour rattrapé par la crise. Le Japonais a annoncé fin août que sa production baisserait de 40% en septembre avec 14 usines à l’arrêt, majoritairement en Asie.

Mi-septembre, General Motors a étendu la mise à l’arrêt de son outil productif à 7 usines en Amérique du nord. Idem pour Ford, qui a même mis à l’arrêt des usines qui assemblent les très rentables pick-up.

En cause: la nouvelle vague de covid en Malaisie et au Vietnam qui perturbe nombres d’usines où sont assemblés et testés les semi-conducteurs. 13% des puces pour l’automobile sont en effet assemblées ou testées en Malaisie, notamment pour Infineon et STmicro. Le délai entre la commande et la livraison des puces est passé à 21 semaines en moyenne, un record… quand ces dernières sont enfin livrées. Ce qui rallonge d’autant les délais de livraisons en concession. Il faut attendre plusieurs mois même chez un constructeur généraliste.

Les pénuries de composants freinent l’activité

Le ralentissement est visible dans les services et dans l’industrie, ainsi qu’en Allemagne et en France. Dans l’industrie, ce sont les difficultés d’approvisionnement et même parfois les pénuries de composants qui posent problème. Les délais de livraison se sont de nouveau allongés en septembre. Et les difficultés d’approvisionnement ont limité la production. C’est particulièrement le cas en Allemagne où l’indice a chuté à son plus bas niveau depuis février dernier, un moment où la pandémie était encore présente et inquiétante.

Les pénuries diverses et variées, des dérailleurs de vélo aux semi-conducteurs en passant par les charpentes en bois, entraînent un autre problème : la demande est aujourd’hui bien plus élevée que l’offre, perturbée, ce qui se « traduit par la plus forte hausse des coûts depuis vingt et un ans », notent les économistes d’IHS Markit. L’inflation, auparavant circonscrite à l’industrie manufacturière, gagne de plus en plus le secteur des services.

Une fin d’année en demi-teinte ?

Les économistes de la banque ING tablent toujours une croissance du PIB de 2 % dans la zone euro au troisième trimestre. Mais, préviennent-ils dans une note parue ce jeudi, « le quatrième trimestre pourrait être un peu plus faible, car la hausse des prix de l’énergie et la persistance des problèmes d’approvisionnement pèseront ».

Chris Williamson, chef économiste à IHS Markit, cité dans un communiqué, est un peu moins optimiste. « Le rythme de la croissance demeure solide malgré le ralentissement observé au cours du mois, mais il risque fortement de marquer le pas si les vents contraires liés aux prix et aux approvisionnements ne montrent aucun signe d’apaisement, notamment s’ils s’accompagnent, à l’approche de l’automne, d’une montée du nombre de cas de Covid-19. ».

Pas de retour à la normale avant 2023

De 1,44 million d’unités perdues au 1er trimestre et 2,6 millions au 2e trimestre, IHS Markit prévoit un déficit de 3,1 millions de véhicules neufs non produits au 3e trimestre dans le monde. Et le cabinet n’est pas vraiment plus optimiste pour l’année prochaine: pour 2022, il a abaissé ses prévisions de 9%, soit 8,45 millions d’unités en moins. Le retour à la normal est repoussé au deuxième trimestre 2023, car plus la pénurie dure, plus il faudra de temps pour rattraper le retard accumulé.

Or, plus la pénurie dure, plus il faudra du temps pour rattraper le retard accumulé. Le danger cette fois, pour les constructeurs, c’est l’impact sur leur rentabilité: ils ont jusque-là sauvé et même amélioré leurs marges en priorisant leurs véhicules les plus rentables.

Mais cette stratégie risque d’atteindre ses limites avec l’aggravation de la crise. Car à terme, il ne s’agira plus de vendre les modèles les plus chers. Vendre tout simplement des voitures neuves risquent de devenir compliqué. Selon les dernières prévisions d’AlixPartners, publiées ce jeudi, 210 milliards de dollars (180,3 milliards d’euros) de ventes seront perdus pour l’industrie automobile dans le monde à cause de cette pénurie.

Faurecia est un des premiers à lancer l’alerte dans la foulée de ces mauvaises nouvelles. L’équipementier français vient de revoir ses prévisions 2021 à la baisse: il n’anticipe plus qu’environ 15,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires cette année, en repli d’1 milliard, et une marge opérationnelle comprise entre 6% et 6,2% contre 7% précédemment.

John CASTEL

John CASTEL

Il est étudiant en journaliste dans une école parisienne. John est spécialisé dans les informations relatives au numérique et la High-Tech. Théo permet d’apporter une information au plus près de nos lecteurs.