Site icon Les actualités en direct

Rapport sur la SNCF : des retard de trains

Chaque année, des millions de Français prennent le train pour les déplacements du quotidien. L’UFC-Que Choisir, une association de consommateur, vient de sortir, mardi 5 octobre, une étude sur la SNCF « et son réseau dégradé ».

Vieillissant et dégradé sont les deux mots qui ressortent le plus de la nouvelle enquête de l’UFC-Que Choisir publié le 5 novembre qui dresse un rapport sur la qualité du réseau ferroviaire à travers la France.

Au sein de ce rapport, un chiffre saute aux yeux : 68. Ce serait le nombre de minutes que chaque Français aurait perdu dans les transports en commun en un an. Au total, 340 000 000 de minutes ont été perdues pour cause de défaillances techniques, de retard et bien d’autres raisons.

En plus des données sur la perte de temps des usagers dans les transports, le bilan fait un constat alarmant, 23% des lignes de chemin de fer et des infrastructures ferroviaires seraient désuètes. Le réseau secondaire des petites gares françaises est pointé du doigt comme étant le plus défaillant.

Selon UFC-Que Choisir, plus d’un tiers des sections ferroviaires en France seraient ralenties pour des problèmes de rails et feux de signalisations. Le matériel aurait en moyenne 37 ans sur les lignes annexes, alors que le matériel sur les grandes lignes aurait lui en moyenne 27 ans. Les usagers s’agacent et cela ne devrait pas s’arrêter de sitôt, un train sur cinq est victime de ralentissements répétés sur les lignes comme les TER.

Un réseau dégradé

Pour l’UFC – Que choisir, le réseau est confronté à «des difficultés de financement et de gouvernance qui altèrent la qualité de service pour les consommateurs», particulièrement sur les petites lignes, explique l’association.

Pour la structure, le réseau de trains, TER et Transiliens pâtit depuis quarante ans d’un manque d’investissement de l’État – et, cercle vicieux, souffre d’une fréquentation ferroviaire de plus en plus faible.

«La politique d’investissement menée depuis le début des années 1980» a privilégié «l’extension du réseau au détriment de l’entretien des infrastructures existantes», a relevé l’enquête.

Des performances faibles et coûteuses

Les performances de l’entreprise ferroviaire sont aussi passées au crible par l’UFC-Que Choisir. Et ce n’est guère plus brillant. Si la circulation des trains en France demande 2,8 fois plus d’agents que dans d’autres pays européens, comparé à l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Suisse et la Grande-Bretagne, « la France propose, pour un même niveau de population desservie », 37% de trains en moins, « sur une amplitude horaire atrophiée de deux heures ».

Cette faible offre de trains couplée à une masse salariale conséquente font qu’en 2020, la SNCF accusait une dette de 38 milliards d’euros. Si l’État reprendra 35 Md€ de dette entre 2020 et 2022, l’association estime que celui-ci « a délaissé son rôle de pilote et s’est révélé complaisant face aux manquements de SNCF Réseau », comme la qualité de l’infrastructure, le respect des coûts de réalisation ou encore un entretien des voies efficace et donc la réduction des voies soumises à un ralentissement.

40 % des petites lignes menacées de fermeture ?

Conséquence, en 2019, 23% des quelque 14 000 km de petites lignes dépassait sa vie optimale, soit environ 3 500 km. L’UFC-Que Choisir estime même qu’en 2017, ce sont quelque 5 300 km de voies ferrées qui étaient en mauvais état. Et pourtant les investissements de renouvellement avaient triplé depuis 2006, un plan de relance qui s’est révélé insuffisant.

Ce mauvais état des lignes actuel oblige à des ralentissements, donc des retards : l’association de consommateurs estime qu’en 2019, ce sont 340 millions de minutes que la SNCF a fait perdre à ses usagers. Si le temps, c’est de l’argent…

Entretemps, le manque d’investissements de la SNCF sur l’entretien des petites lignes fait peser la menace de la fermeture à terme de 40 % d’entre elles, soit quelque 5 600 km de voies ferrées, une « décision difficilement réversible » selon l’association.

Des investissements urgents

En 1980, un millier de kilomètres de voies était renouvelé. En 2005, seuls 500 km ont pu être rénovés. Conséquence : 23% du réseau dépasserait sa durée de vie optimale en 2019.

«La vétusté des infrastructures pèse ainsi sur la qualité de service, ce qui accélère la désaffection des usagers au profit de la voiture», s’inquiète encore l’UFC – Que choisir. L’association appelle donc l’État à augmenter son soutien financier rapidement, afin de correspondre aux attentes des consommateurs lésés.

Des constats contestés par SNCF Réseau

Contacté par nos soins, SNCF Réseau conteste certains des constats réalisés par l’association. D’abord, en 2018, le gestionnaire d’infrastructures comptabilisait un total de deux millions de minutes de retard, loin des 340 millions chiffrés dans l’étude. En outre, le groupe s’appuie sur les données fournies par le gestionnaire d’infrastructures européen, et assure que les effectifs engagés pour la gestion du réseau français sont dans la moyenne de l’Union, avec 1,1 équivalent temps plein par kilomètre de réseau. Loin, une fois encore, du constat alarmant de l’UFC-Que Choisir.

SNCF Réseau rappelle également que l’année 2020 aura enregistré d’importants montants investis dans les lignes de desserte fine du territoire, avec 419 millions d’euros engagés contre 322 millions d’euros en 2019, et une moyenne de 250 millions d’euros pour les années antérieures. Le gestionnaire souligne aussi que le plan de relance du gouvernement intègre pour 2021 une composante «petites lignes» qu’il qualifie de «significative».

Cette dernière prévoit un financement direct de l’État aux projets de régénération à hauteur de 300 millions d’euros, et des dotations de l’État pour renforcer la capacité budgétaire d’investissement de SNCF Réseau à hauteur de 250 millions d’euros et 70 millions de dotations via des cessions à venir du Groupe SNCF.

SNCF Réseau précise enfin que le plan de relance alloue quelque 4,1 milliards d’euros à la régénération et la modernisation du réseau d’infrastructure ferroviaire. L’État a également repris 35 milliards d’euros de dette de SNCF Réseau dans le cadre du « nouveau pacte ferroviaire », de quoi alléger les comptes de l’entreprise.

« Désaffection des usagers au profit de la voiture »

Pourtant, faute de modernisation des structures, la circulation d’un train demande 2,8 fois plus d’agents et 1,7 fois plus de capitaux que dans les pays voisins européens, alors que la France propose, pour un même niveau de population desservie, 37 % moins de trains que l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Suisse ou la Grande-Bretagne, d’après un rapport du Benchmark Prorail 2015-2018.

Les petites lignes concentrent, à elles seules, l’essentiel de ces difficultés. « Longtemps délaissées, elles regroupent 70 % des sections de voies ralenties, soit 22 % de leur longueur. La vétusté des infrastructures pèse ainsi sur la qualité de service, ce qui accélère la désaffection des usagers au profit de la voiture, et enclenche un cercle vicieux d’abandon du train », dénonce Que Choisir, qui appelle à augmenter le soutien financier à SNCF Réseau mais à lui imposer, dans le même temps, des critères de performance.

Des efforts massifs (6,4 Md€ entre 2020 et 2028) seraient nécessaires en termes d’entretien et de renouvellement. 40 % du réseau secondaire serait aujourd’hui menacé de fermeture dans ce contexte. « Mais cette décision serait difficilement réversible alors même que les petites lignes posent un véritable enjeu de connexion et de désenclavement des territoires », argumente Que Choisir.

Surtout à l’heure où la priorité est à la décarbonation du secteur des transports qui est le premier émetteur de gaz à effet de serre en France.

Quitter la version mobile