Un satellite percuté par un débris spatial !!

Un satellite percuté par un débris spatial !!

Au mois de mars, le satellite chinois militaire Yunhai 1-02 s’est soudainement brisé alors qu’il était en orbite basse de la Terre. Selon de nouvelles informations, il a été percuté par un débris de fusée russe qui a été lancée en septembre 1996.

Les débris spatiaux en orbite autour de la Terre commencent à sérieusement poser problème. Une collision entre des débris et des engins spatiaux peut facilement tourner à la catastrophe. Il y a quelques mois, un débris spatial a même frappé le bras de l’ISS qui a échappé de peu à la catastrophe. L’orbite basse de la Terre est trop encombrée par ces débris, mais la situation n’est pas encore près de s’améliorer.

En mars, le satellite chinois militaire Yunhai 1-02 lancé en septembre 2019 s’est soudainement brisé. Le 18 SPCS (18 Space Control Squadron) avait confirmé « la rupture de Yunhai 0-02 ». Le satellite chinois aurait pu être délibérément détruit ou même être victime de dysfonctionnement. Néanmoins, de nouvelles preuves suggèrent qu’il a été lui-même percuté par un débris spatial.

La première grosse collision spatiale en 10 ans

Jonathan McDowell qui est chercheur au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics a rassemblé toutes les informations que nous avons sur le satellite chinois afin d’expliquer ce qu’il s’est passé. Il en a fait un thread sur Twitter que vous pouvez retrouver ci-dessous.

En fouillant dans le catalogue de Space-Track.org qui est mis à jour avec toutes les données du 18 SPCS, Jonathan McDowell a remarqué quelque chose d’étrange. Le débris spatial 1996-051Q (48078) est noté comme étant « entré en collision avec un satellite ». Cependant, ce n’est pas tous les jours qu’une telle annotation est ajoutée. Jonathan McDowell a donc continué ses recherches. Il a ainsi découvert que ce débris appartenait à la fusée russe Zenit-2. Elle a décollé en 1996 pour mettre en orbite le satellite de renseignement d’origine électromagnétique Tselina-2.De plus, le débris de la fusée russe est passé à 1 km du satellite chinois le 18 mars 2021. Au même moment, le 18 SPCS a rapporté la destruction du satellite Yunhai 1-02. Cette collision a créé 37 nouveaux débris spatiaux, mais « il y en a probablement plus » selon Jonathan McDowell. D’ailleurs, le chercheur a révélé que c’est « la première collision orbitale majeure confirmée en une décennie ».Le constat est d’autant plus inquiétant qu’aucune solution efficace n’a été mise en place pour débarrasser l’orbite terrestre des millions de débris spatiaux. En effet, les débris s’amoncellent plus qu’ils ne se détruisent. Néanmoins, l’ESA a prévu de lancer la mission CleanSpace-1 en 2025. L’objectif sera de récupérer un débris de 100 kg qui sera ensuite détruit par l’atmosphère.

Pour aller plus loin : Astronomie

« C’est très inquiétant »

Jonathan McDowell explique avoir commencé à s’interroger lorsqu’il a repéré, sur une base de données nommée Space-Track.org, une entrée étonnante dédiée à un élément nommé Object 48078, qui est un débris de la fusée Zenit-2 ayant lancé un satellite russe en 1996. L’entrée indique « Collided with satellite », une collision avec un satellite. Il explique qu’il s’agit là «  d’une entrée d’un nouveau genre — je n’ai pas vu ce genre de commentaire pour un satellite avant ».

L’astronome décide alors de creuser l’historique des trajectoires de ce débris, et il constate alors que les coordonnées de route, cette entrée mentionnant une collision et le moment où le satellite YUNHAI 1-02 s’est brisé, sont cohérentes : « (…) Yunhai 1-02 et le débris 48078 sont passés à 1 km l’un de l’autre (donc dans la marge d’incertitude) à 3h41 du matin, le 18 mars, exactement quand Yunhai s’est cassé. »

D’après McDowell, bien que ce type de collisions reste encore assez rare — c’est la première depuis une décennie, elles constituent un danger à long terme, à mesure que les débris s’accumulent. « Les collisions sont proportionnelles au nombre de choses en orbite. Si vous avez 10 fois plus de satellites, vous aurez 100 fois plus de collisions. Donc, à mesure que la densité du trafic augmente, les collisions vont passer d’une composante mineure du problème des déchets spatiaux à une composante majeure », a-t-il confié au site Space.

D’autant que plus il y a de collisions… plus les risques de collisions augmentent, étant donné que chacune peut générer un nombre plus important de débris, lesquels seront alors plus petits. Par exemple, YUNHAI 1-02 a donné lieu à 37 débris. Et en 2009, le satellite Kosmos-2251 a percuté le satellite Iridium 33, ce qui a provoqué l’émission de 1 800 petits débris. « C’est très inquiétant, et c’est une raison de plus pour retirer ces objets de l’orbite », alerte McDowell.

D’après les estimations de l’Agence spatiale européenne (ESA), l’orbite terrestre compte de nos jours 34 000 débris plus gros que 10 centimètres ; 900 000 débris entre 1 et 10 centimètres ; 128 millions de débris entre 1 millimètre et 1 centimètre. Il s’agit donc d’un problème notoire : « Il y a un problème qui se prépare au-dessus de nos têtes. Invisible à l’œil nu et relativement peu connu, il menace notre avenir dans l’espace : les débris spatiaux », rappelait récemment l’ESA, qui développe des projets de nettoyage spatial divers et variés.

130 millions de débris entourent la Terre

La dernière fois que deux gros objets en orbite autour de la Terre se sont heurtés l’un à l’autre remonte à 2009, lorsqu’un ancien satellite militaire russe a percuté un satellite de communication Iridium en activité au-dessus de la Sibérie. Cette collision, ainsi qu’une autre survenue en 2007, a augmenté d’environ 70 % la quantité de gros débris en orbite terrestre basse.

Depuis, il y a eu plusieurs fausses alertes et des accidents évités de justesse. Un satellite soviétique mort et un corps de fusée chinois abandonné sont passés l’un à côté de l’autre dans l’espace en octobre, après que des modèles orbitaux ont suggéré qu’ils présentaient un « risque très élevé » de collision. En janvier 2020, un télescope spatial mort et un vieux satellite de l’armée de l’air américaine ont failli s’écraser au-dessus de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Dans les deux incidents, personne n’a pu contrôler les satellites pour éviter la collision.

Près de 130 millions de débris spatiaux entourent déjà la Terre. Ils proviennent de satellites abandonnés, de vaisseaux spatiaux qui se sont brisés et d’autres missions. Ces débris voyagent à une vitesse environ dix fois supérieure à celle d’une balle, ce qui est suffisamment rapide pour infliger des dommages désastreux aux équipements vitaux, quelle que soit la taille des morceaux. Un tel impact pourrait tuer les astronautes à bord d’un vaisseau spatial.

Chaque fois que des objets en orbite entrent en collision, ils peuvent exploser en de nouveaux nuages de minuscules morceaux de débris à grande vitesse. En fait, le débris qui a heurté le satellite chinois pourrait s’être détaché de la fusée russe d’origine lors d’une collision antérieure.

« Tout cela est très inquiétant et constitue une raison supplémentaire pour laquelle vous voulez retirer ces gros objets de l’orbite », a déclaré Jonathan McDowell à Space, le premier média à rapporter sa découverte. « Ils peuvent générer ces autres débris qui sont plus petits ».

Les experts s’attendent à d’autres quasi-collisions de ce type si personne ne retire de l’espace les satellites morts et les corps de vieilles fusées.

Lea LAMBERT

Lea LAMBERT

Elle est photographe professionnelle. Elle souhaite partager son amour de la photo à travers différentes illustrations de nos articles. Léa adore la région nantaise et ses paysages. Son expertise est un atout pour notre équipe.