Voyage à Nantes

Voyage à Nantes

Ce jeudi 1er juillet, François est venu tôt, « avant d’aller au travail », voir la sculpture et la photographier. « C’est merveilleux ! », s’exclame le Rezéen de 60 ans.

Au milieu de la place Royale, la fontaine est désormais totalement imbriquée dans un bateau qui semble avoir échoué là. Cette œuvre, c’est celle d’Ugo Schiavi, pour le Voyage à Nantes.

Certaines œuvres, en cours de montage, fleurissaient déjà depuis quelques jours sur les réseaux sociaux… Ce samedi, les barrières sont retirées et l’événement culturel peut officiellement commencer. A partir de ce matin 10 heures et jusqu’au 12 septembre, le Voyage à Nantes s’empare de la ville avec de nouvelles créations aussi surprenantes qu’amusantes.

Porte Sauvetout, par exemple, c’est un improbable castor à queue de poisson qui attend les visiteurs. Au bout d’un véritable tronc d’arbre fourni par le service des espaces verts de la ville, l’animal en bronze semble narguer les passants. L’artiste Laurent Le Deunff, qui s’est inspiré « d’un dessin de castor du Moyen-Age » pour faire écho à cette porte de l’enceinte médiévale de la ville, conseille aussi de venir de nuit. Grâce à des projecteurs, l’animal prend encore plus sa place dans le paysage avec une grande ombre portée sur le tramway qui passe juste à côté.

Un peu plus loin, c’est bien de jour qu’on vous conseille d’aller voir la sculpture monumentale de la place Royale. Comme échouée sur la fontaine, qui fonctionne normalement entre 9 heures et 22 heures, cette épave de sept mètres de haut (dont la fabrication et la pose ont duré trois mois) fait déjà figure d’incontournable de l’édition 2021. « S’adapter à la physionomie de la fontaine a été une véritable prouesse technique, confie le sculpteur marseillais Ugo Schiavi. On a pu varier son débit pour entendre gronder, simuler les vagues pour donner un caractère encore plus science-fictionnel. » Plus subtile, la deuxième partie de l’œuvre est visible depuis la passerelle Schoelcher. Une tête en résine, symbolisant Neptune et son naufrage, se trouve en contrebas.

Une piste de roller géante

Plus joyeux, le nouveau playground de la place Graslin devrait lui aussi attirer les foules, en tout cas les jours de beaux temps. Une cinquantaine de personnes pourront patiner ensemble sur une piste de roller de 38 mètres de diamètre. Du matériel sera prêté gratuitement sur place et les moins téméraires profiter du spectacle sur les bancs circulaires disposés tout autour. Il y aura aussi des démonstrations. « Il devrait se créer ici un ballet de rollers, piétons, vélos, comme un mouvement perpétuel et élégant, estime Romain Pradeau de l’agence d’architectes nantaise Titan. On a voulu quelque chose de léger, de positif et de frais. »

Dans le reste de la ville, on pourra croiser une surprenante œuvre textile habillant le passage Sainte-Croix, trois personnages fantaisistes et colorés signés Jean Jullien au Jardin des plantes, des tramways relookés sur les lignes 1 et 2, ou encore des installations organiques et odorantes au Temple du goût. De nombreuses expositions (Hab Galerie, château des ducs, musée d’arts, Lieu unique, muséum, médiathèque…) sont aussi au programme, l’une étant réservée à l’élection du parfum de la ville.

La symbolique de l’eau détournée

L’artiste s’est inspiré de Sécheresse (1964), le récit archéologique d’anticipation de l’écrivain James Graham Ballard. « Explorant la symbolique fluviale et maritime de la ville de Nantes […] Ugo Schiavi détourne ces symboliques de l’eau, du voyage et de la prospérité », indique le Voyage à Nantes sur son site.

« Impressionnant, original, osé » : Josiane, une Nantaise de 75 ans, ne cache pas sa joie. « Je fais du bateau alors ça me parle. »

La mise en eau de la sculpture s’est faite mercredi 30 juin, le midi. Jeudi 1er juillet, le sculpteur et son équipe procédaient néanmoins à quelques derniers réglages, avant le début officiel du Voyage à Nantes ce samedi 3 juillet.

Pour aller plus loin : Nantes

Des avis divergents

Sur la toile, l’œuvre n’est pas non plus du goût de tout le monde. Sur Facebook, Carine lâche : « Comment cacher/gâcher la vue d’une belle place ». « Un beau bateau rouillé qu’on peut admirer au travers de très jolies grilles… le tout cachant une magnifique fontaine ancestrale. Habituellement j’aime le Voyage à Nantes, mais la franchement », poste également Lili.

« C’est l’intérêt de l’art : interpeller », rappelle Noémie. Et n’est-ce pas cela, le but même du Voyage à Nantes ?

Guy ERWAN

Guy est un bénévole qui n’a pas d’expérience en matière de journalisme, mais il a une grande envie d’apprendre. Il nous apporte son dynamisme et son expérience dans le monde associatif. Guy est originaire de Nantes et aime partager son amour de cette belle région.